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rayons qui la dorent , la montrent couc verte d'un brillant réseau de rosée , qui réfléchit à l'ail la lumiere et les couleurs. Les oiseaux en chœur se réunissent et saluent de concert le pere de la vie : en ce moment pas un seul ne se taît. Leur gazouillement foible encore est plus lent er plus doux que dans le reste de la journée; il se sent de la longueur d'un paísible réveil. Le concours de tous ces objets porte aux sens une impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu'à l'ame. Il y a une demi-heure d'enchantement auquel nul homme ne résiste : un spectacle si grand, si beau , si délicieux, n'en laisse aucun de sang-froid.

HISTOIRE. UN

N des grands vices de l'histoire est qu'elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par les bons; comme elle n'est intéressante que par les révolutions, les catastrophes, tant qu'un peuple croît et prospere dans le calme d'un paisible gouvernement, elle n'en dit rien ; elle ne commence à en parler

que

voisins,

que quand, ne pouvant plus se suffire à luimême , il prend part aux affaires de ses

ou les laisse prendre part aux siennes. Elle ne l'illustre que quand il est déja sur son déclin : toutes nos histoires commencent où elles devroient finir. Nous avons fort exactement celle des peuples qui se détruisent; ce qui nous manque , c'est celle des peuples qui se multiplient, ils sont assez heureux et assez sages pour qu'elle n'ait rien à dire d'eux : er en effet, nous voyons, même de nos jours, que les gouverneinens qui se conduisent le mieux , sont ceux dont on parle le moins.

Il s'en faut bien que les faits décrits dans l'histoire, ne soient la peinture exacte des mêmes faits tels qu'ils sont arrivés. Ils changent de forme dans la tête de l'historien ; ils se moulent sur ses intérêts, ils prennent la teinture de ses préjugés. Qui est-ce qui sait mettre exactement le lecteur au lieu de la scene pour voir un événement tel qu'il s'est passé ? L'ignorance ou la partialité déguisent tout. Sans altérer même un trait historique, en étendant ou resser., rant des circonstances qui s'y rapporteat , que de faces différentes on peut II. Partie.

B

lui Honner ! Mettez un inème objet : divers point de vue , à peine paroîtra-t-il le même, et pourtant rien n'aura changé que l'æil du spectateur.

L'histoire montre bien plus les actions que les hommes, parce qu'elle'ne saisit ceux-ci que dans certains momens choisis, dans leurs vêtemens de parade; elle n'expose que l'homme public qui s'est arrangé pour être vu. Elle ne le suit point dans sa maison, dans son cabinet, dans sa famille, au milieu de ses amis ; elle ne le peint que quand il représente ; c'est bien plus son habit que sa personne qu'elle peint.

La lecture des vies particulieres est préférable pour commencer l'étude du cæur humain; car alors l'homme a beau se dérober, l'historien le poursuit par. tout ;

il ne lui laisse aucun moment de relâche , aucun recoin pour éviter l'æit perçant du spectateur, et c'est quand l'un croit mieux se cacher, que l'autre le fait mieux connoître. » Ceux, dif » Montagne , qui écrivent les vies, d'au. ý tant qu'il s'amusent plus aux conseils v qu'aux événemens, plus à ce qui se

passe au-dedans, qu'à ce qui arrive » au-dehors, ceux-là mne sont plus pro.

» pres : voilà pourquoi c'est mon hom» me que Plutarque. «

Il est vrai que le génie des hommes assemblés ou des peuples , est fort différent du caractere de l'homme en particulier, et que ce seroit connoître trèsimparfaitement le cœur humain, que de ne pas l'examiner aussi dans la multitude ; mais il n'est pas moins vrai qu'il faut commencer par étudier l'homme pour juger les hommes, et que qui connoîtroit parfaitement les penchans de chaque individu , pourroit prévoir tous les effets combinés dans le corps du peuple.

Les anciens historiens sont remplis de vues dont on pourroit faire usage, quand même les faits qui les présentent seroient faux : mais nous ne savons tirer aucun vrai parti de l'histoire ; la critique d'érudition absorbe tout, comme s'il importoit beaucoup qu'un fait fût vrai , pourvu qu'on en pût tirer une instruction utile. Les hommes sensés doivent regarder l'histoire comme un tissu de fables dont la morale est très appropriée au cœur humain.

a

V O Y A G E S. IL у

bien de la différence entre voya. ger pour voir du pays, ou pour voir des peuples. Le premier objer est toujours celui des curieux, l'autre n'est pour eux qu’accessoire. Ce doit être tout le contraire pour celui qui veut philosopher. L'enfant observe les choses en attendant qu'il puisse observer les hommes. L'homme doit commencer par observer ses, semblables , et puis il observe les choses , s'il en a le tems.

Quiconque n'a vu qu'un peuple, au lieu de connoître les hommes, ne connoît que les gens avec lesquels il a vécu.

Pour étudier les hommes faut-il parcourir la terre entiere? Faut-il aller au Japon observer les Européens ? Pour connoître l'espece , faut-il connoître tous les individus ? Non, il y a des hommes qui se ressemblent si fort, que ce n'est pas la peine de les étudier séparément. Qui a vu dix Français les a tous vus; quoiqu'on n'en puisse pas dire autant des Anglais et de quelques autres peuples, il est pourtant certain que chaque

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