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plutôt une vue exquise n'est qu'un seniiment délicat et fin. C'est ainsi qu'un peintre , à l'aspect d'un beau paysage ou devant un beau tableau , s'extasie à des objets qui ne sont pas même remarqués d'un spectateur vulgaire. Combien de choses qu'on o’apperçoit que par sentiment, et dont il est impossible de rendre raison ! Combien de ces je ne sais quoi qui deviennent fréquemment , et dont le Goût seul décide!

Le Goût est en quelque maniere le microscope du jugement;c'est lui qui met les petits objets à sa portée, et ses opérations commencent où s'arrêtent celles du dernier. Que faut-il donc pour le cul. tiver ? s'exercer à voir ainsi qu'à sentir , et à juger du beau par inspection, comme du bon par sentiment.

Le luxe et le mauvais Goût sont insé. parables. Par-tout où le Goût est dispendieux, il est faux.

C'est sur-tout dans le commerce des deux sexes que le Goût, bon ou mauvais, prend sa forme ; sa culture est un effer nécessaire de l'objet de cette société. Mais quand la facilité de jouir attiédit le desir de plaire , le Goût doit dégénérer ; et c'est-là, ce me semble, woe

raison des plus sensibles pourquoi le bon Goûr tient aux bonnes muurs. 2

Le Goût se corrompt par une délicatesse excessive , qui rend sensible à des choses que le gros des homines n’apperçoit, pas; cette délicatesse mere, à l'esprit de discussion: car plus on subtilise les objets, plus ils se multiplient : ceste subtilité rend le tact plus délicat,et moios uniforine. It se forme alors autant de Goûts, qu'il y a de têtes. Danstes disputes sur la préférence , , la philosc. phie et les lumieres s'étendent", et c'est ainsi qu'on apprend à penser. Les observations fines ne peuvent guere être faites que par des gens très-répandus, attendu qu'elles frappent après tous les autres., et que les gens pey accoutumés aux sociétés nombreuses y épuisent leur attention sur les grands traits. Il n'y.p peut-être , à présent un lieu policé sur la terre, où le Goût général soir plus mauvais qu'à Paris. Cependant c'est dans cette capitale que le bon Goût se cultive ; et il paroît peu de livres estimés dans l'Europe , dont l'auteur n'ait été se former à Paris. Ceux qui pensent qu'il suffit de lire les livres qui s'y fogt, se trompent ; on apprend beaucoup plus

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dans la conversation des auteurs que dans leurs livres ; et les auteurs eux-mêmes ne sont pas ceux avec qui l'on apprend le plus. C'est l'esprit de société qui développe une tête pensante , et qui porte la vue aussi loin qu'elle peut aller. Si vous avez une étincelle de génie, allez passer une année à Paris : bientôt vous serez tout ce que vous pouvez être, ou yous ne serez jamais rien.

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IMAGINATION. LE pouvoir immédiat des sens est foible et borné : c'est par l'entreprise de l'Imagination qu'ils font leurs plus grands savages ; c'est elle qui prend soin d'irriter les desirs, en prêtant à leurs objets encore plus d'attraits que leur en donna la nature ; c'est elle qui découvre à l'ail avec scandale ce qu'il ne voit pas seulement comme nud , mais comme devant être habillé. Il n'y a point de vêtement si modeste au travers duquel un regard enflammé par l'Imagination n'aille porter les desirs. Une jeune Chinoise , avançant un bout de pied couvert, et chaus. sé, fera plus de ravage à Pekja que n'eût

lui ren

fait la plus belle fille du monde dansang toute nue au bas du Taygete.

Malheur à qui n'a plus rien à desirer ! il perd , pour ainsi dire tout ce qu'il possede. On jovit moins de ce qu'on obtient, que de ce qu'on espere , et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux, En effet, l'homme avide et borné, faic pour tout vouloir et peu pour obtenir a reçu du Ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu'il desire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et pour dre cette imaginaire propriété plus dou. ce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparoît devant l'objec même ; rien n'embellit plus cet objet aux yeux du possesseur , on ne se figure point ce qu'on voit į l'Imagination ne pare plus rien de ce qu'on possede, l'illusios cesse où commence la jouissance.

En toute chose l'habitude tue l'ima. gination, il n'y a que les objets nouveaux qui la réveillent. Dans ceux quo l'on voit tous les jours, ce n'est plus l'Iinagination qui agit , c'est la mémoi. se, et voilà la raison de l'axiome assula sis non fit passio, car ce n'est qu'au fey de l'Imagination que les passions s'al. Jument.

Sobrom: 119 L'odorat est le sens de l'Imagination. Donnant aúx' nerfs uin ton plus fort, il dolt beaucoup agitèr le cerveau ; c'est pour cela qu'il ránime un moment le temperament, et l'épuise à la longue. Il y a dans l'amour des effets assez connus: le-doux parfum d'un cabinet de toilette n'est pas un piegé aussi foible qu'on perse, et je ne sais s'il faut féliciter ou plaindre l'homme sage et peu sensible , que l'odeur des fleurs que sa maîtresse a sur le sein ne fit jamais palpiter.

Le souvenir des objets qui nous ont frappés, les idées que nous avons acquises , nous suivent dans la retraite, la peuplent ,' malgré nous, d'images plus séduisantes que les objets mêmes , et rendent la solitude aussi funeste à celui qui les y porte , qu'elle est utile à celui quí s'y maintient toujours seul.

Quoique l'usage ordinaire soit d'annoncer par degrés les tristes nouvelles , il y a des Imaginations fougueuses , qui , sur un inat, portent tout à l'extrême , avec lesquelles il vaut mieux suivre une route contraire et les accabler d'abord, pour leur ménager ensuite des adoucisSenens.

SIGNES.

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