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le maître et l'esclave se dépravent mutuellement. S'il y a quelque moyen de remédier à ce mal dans la société, c'est de substituer la loi à l'homme, er d'ar.. mer les volontés générales d'une force réelle supérieure à l'action de toute volonté particuliere. Si les Lois des Nations pouvoient avoir comme celles de la Nature une inflexibilité que jamais aucune force humaine ne pût vaincre , la Dépendance des hommes redeviendroit alors celle des choses; on réuniroit dans la République tous les avantages de l'E. tat naturel à ceux de l'Etat civil ; on joindroit à la liberté qui maintient. l'homme exempt de vices, la moralité qui l'éleve à la vertu.

LU X E.. Le luxe corrompt tout, et le riche qui en jouit , et le misérable qui le convoite.

Ce n'est pas la force de l'or qui asservir les pauvres aux riches, mais c'est qu'ils veulent s'enrichir à leur tour , sans cela ils seroient nécessairement les maîtres.

La vanité et l'oisiveté, qui ont engendré nos sciences, ont aussi engendré le Luxe. Le goûr du Luxe accompagne toujours celui des lettres, er le goût des lettres accompagne souvent celui du

Luxe (1).

Le Luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres, mais s'il n'y avoit point de Luxe, il n'y auroit point de pauvres.

Le Luxe nourrit cent pauvres dans nos Villes, et en fait périr cent mille dans nos campagnes. L'argent qui circule entre les mains des Riches et des Artistes pour

fournir à leur superfluité est perdu pour la subsistance du laboureur , et celui-ci n'a point d'habit, précisément parce qu'il faut du galon aux autres. Le gaspillage des inatieres qui servent à la nourriture des hommes suffit seul pour rendre le Luxe odieux à l'humanité. Il faut du jus dans nos cuisines; voilà pourquoi tant de malades

(1) A nesure que le Luxe corrompt le$ neurs, dit un Auteur moderne, les sciences les adoucissent, semblables aux Prieres dans Homere, qui parcourent toujours la terre à la suite de l'Injustice pour adoucir les fureurs de cette cruelle Divinité.

manquent de bouillon. Il faut des liqueurs sur nos tables ; voilà pourquoi le paysan ne boit que de l'eau. Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de

pauvres

n'ont

pas

de pain. A ne consulter que l'impression la plus naturelle , il sembleroit que, pour dédaigner l'éclat et le Luxe, on a moins be-, soin de modération que de goût. La symétrie et la régularité plaisent à tous les yeux. L'image du bien-être et de la féJicité touche le cœur humain qui en est avide; mais un vain appareil qui ne se rapporte ni à l'ordre ni au bonheur , et n'a pour objet que de frapper les yeux, quelle idée favorable à celui qui l'étale, peut-il exciter dans l'esprit du spectateur ? L'idée du goût ? Le goût ne pa-. roît-il pas cent fois mieux dans les choses simples que dans celles qui sont offusquées de richesses ? L'idée de la commodité ? Y a-t-il rien de plus incommode que le faste ? L'idée de la grandeur ? C'est précisément le contraste. Quand je vois qu'on a voulu faire un grand pa. lais, je ine demande aussi-tôr pourquoi ce palais n'est pas plus grand ? Pourquoi celui qui a cinquante domestiques n'en a-t-il pas cent ? Cette belle vaisselle

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d'argent , pourquoi n'est-elle pas d'or ?. Cet homme qui dore son carrosse , pour quoi ne dore-t-il pas ses lambris ? Si les lambris sont dorés, pourquoi son toit ne l'est-il pas ? Celui qui voulut bâtir une haute

tour,

faisoit bien de la vouloir porter jusqu'au Ciel, autrement il eût beau l'élever , le point où il se fûr arrêté n'eût servi qu'à donner de plus loin la preuve de son impuissance. O homme petit et vain, montre-inoi ton pouvoir , je te montrerai ta misere.

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RICHES, RICHESSE. Tous les Riches comptent l'or avant le mérite. Dans la mise commune de l'ar. gent et des services , ils trouvent toujours que ceux-ci n'acquittent jamais l'autre, et pensent qu'on leur en doit. de reste , quand on a passé sa vie à les servir en mangeant leur pain.

Les pauvres gémissent sous le joug des Riches, et les Riches sous le joug. des préjugés.

Richesse ne fait point Riche, dit le roman de la Rose. Les biens d'un homme ne sont point dans ses coffres, rais

dans l'usage de ce qu'il en tire ; car on ne s'approprie les choses qu'on possede que par leur emploi , et les abus sont toujours plus inépuisables que les richesses ; ce qui fait qu'on ne jouit pas à proportion de sa dépense , mais à pro- . portion qu'on la sait mieux ordonner. 1 Un fou peut jerter des lingors dans la : mer et dire qu'il en a joui; mais quelle comparaison entre cette extravagante jouissance, et celle qu'un homme sage eût su tirer d'une moindre somme ?

Il n'y a point de Richesse absolue. Ce mot ne signifie qu’un rapport de surabondance entre les desirs et les facultés de l'homme riche. I'el est riche avec un arpent de terre ,

tel est gueux au milieu de ses monceaux d'or. Le dé. sordre et les fantaisies n'ont point de bornes, et font plus de pauvres que

les vrais besoins.

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MENDIAN S. Nourrir les Mendians', c'est con- , tribuer à multiplier les gueux et les vagabonds qui se plaisent à ce lâche mé. tier, et se re!

à charge à la sociés

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