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monarque. Lorsque le roi vit tous ses gens réunis, il se tourna vers les quatre bandits restés stupéfaits.

• Mes braves,' leur dit-il, j'ai rêvé aussi, moi: c'est qu'avant une heure vous seriez pendus.'

Quelques instants après les voleurs étaient accrochés à des arbres.

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• Ah! bien oui, lieutenant; mieux que ça.' •Colonel peut-être ?' *Mieux que ça, vous dit-on. Comment! diable,' dit l'autre en se rencognant aussitôt dans la calèche, 'seriez-vous feld-maréchal ?' • Mieux que ça.' 'Ah! mon Dieu, c'est l'Empereur. •Lui-même,' dit Joseph. Le sergent se confond en excuses, et supplie l'Empereur d'arrêter pour qu'il puisse descendre. Non pas,' lui dit Joseph ; 'après avoir mangé mon faisan, vous seriez trop heureux de vous débarrasser de moi si promptement; j'entends bien que vous ne me quittiez qu'à votre porte:' et il l'y descendit.

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43. Mieux que ça.-Un jour que l'empereur Joseph II., revêtu d'une simple redingote boutonnée, accompagné d'un seul domestique sans livrée, était allé dans une calèche à deux places qu'il conduisait lui-même, faire une promenade du matin aux environs de Vienne, il fut surpris par la pluie, comme il reprenait le chemin de la ville.

'Il en était encore éloigné, lorsqu'un piéton, qui regagnait aussi la capitale, fait signe au conducteur d'arrêter, ce que Joseph II. fait aussitôt. •Monsieur,' lui dit le militaire (car c'était un sergent), 'y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander une place à côté de vous? cela ne vous gênerait pas prodigieusement, puisque vous êtes seul dans votre calèche, et ménagerait mon uniforme que je mets aujourd'hui pour la première fois.' Ménageons votre uniforme, mon brave,' lui dit Joseph, . et mettez-vous là. D'où venez-vous ? Ah!' dit le sergent, je viens de chez un garde-chasse de mes amis, où j'ai fait un fier déjeuner.' "Qu'avez-vous donc mangé de si bon?' •Devinez.' · Que sais-je, moi, une soupe à la bière ?' « Ah! bien oui, une soupe ; mieux que ça. •De la choucroute. Mieux que

• Une longe de veau ?' *Mieux que ça, vous dit-on.' 'Oh! ma foi, je ne puis plus deviner,' dit Joseph. Un faisan, mon digne homme, un faisan tiré sur les plaisirs de sa Majesté,' dit le camarade, en lui frappant sur la cuisse.

• Tiré sur les plaisirs de sa Majesté, il n'en devait être que meilleur ? ' .Je vous en réponds.'

44. Suite.-Comme on approchait de la ville, et que la pluie tombait toujours, Joseph demanda à son compagnon dans quel quartier il logeait.

• Monsieur, c'est trop de bonté, je craindrais d'abu

Non, non,' dit Joseph, votre rue?' Le sergent, indiquant sa demeure, demanda à connaître celui dont il recevait tant d'honnêtetés. •A votre tour,' dit Joseph, derinez.' • Monsieur est militaire, sans doute!' • Cumme dit Monsieur.' Lieutenant?'

45. Don Quichotte.-Don Quichotte aperçut trente ou quarante moulins à vent, et regarılant son écuyer: 'Ami,' dit-il, «la fortune vient au-devant de nos souhaits. Vois-tu là-bas ces géants terribles ? Ils sont plus de trente; n'im. porte, je vais attaquer ces fiers ennemis de Dieu et des hommes. Leurs dépouilles commenceront à nous enrichir.' • Quels géants?' répondit Sancho. Ceux que tu vois avec ces grands bras qui ont peut-être deux lieues de long. Mais, Monsieur, prenez-y garde; ce sont des moulins à vent; et ce qui vous semble des bras n'est autre chose que leurs ailes.' 'Ah, mon pauvre ami, l'on voit bien que tu n'es pas encore expert en aventures. Ce sont des géants, je m'y connais. Si tu as peur, éloigne-toi, va quelque part te mettre en prière, tandis que j'entreprendai cet inégal et dangereux combat.' En disant ces paroles, il piqua des deux, sans écouter le pauvre Sancho, qui se tuait de lui crier que ce n'étaient point des géants, mais des moulins, et sans se désabuser davantage, à mesure qu'il en approchait. • Attendez-moi,' disait-il, 'attendez-moi, lâches brigands, un seul chevalier vous attaque.'

46. Suite.—A l'instant un peu de vent s'éleva, et les ailes se mirent à tourner.

Oh! vous avez beau faire,' ajouta Don Quichotte ; 'quand vous remueriez plus de bras que le géant Briarée, vous n'en serez pas moins punis. Il dit, embrasse son écu, et en se recommandant à Dulcinée, tombe, la lance en arrêt, sur l'aile du premier moulin, qui l'enlève lui et son cheval et les jette à vingt pas l'un de l'autre. Sancho se pressait d'accourir au plus grand trot de son

ça.'

ser de

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âne. Il eut bien de la peine à relever son maître, tant la chute avait été lourde. •Eh! Dieu me soit en aide,' dit-il, je vous crie depuis une heure que ce sont des moulins à vent. Il faut en avoir d'autres dans la tête pour ne pas le voir tout de suite.' •Paix! paix !' répondit le héros; c'est dans le métier de la guerre que l'on se voit le plus dé. pendant des caprices de la fortune, surtout lorsqu'on a pour ennemi ce redoutable enchanteur Freston. Je rois bien ce qu'il vient de faire : il a changé les géants en moulins, pour me dérober la gloire de les vaincre.

noire, avec le vent, la neige et la pluie. Son compagnon de voyage, après avoir dormi quelques heures, se mit en route dans un chariot traîné par de forts chevaux. A quelques milles il rencontra, au point du jour, le roi de Suède qui, ne pouvant plus faire marcher sa monture, s'en allait de son pied gagner la poste prochaine.

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49. Suite.-Un jour que ce roi dictait à Stralsund des lettres pour la Suède à un secrétaire, une bombe tomba sur la maison, perça le toit, et vint éclater près de la chambre même du roi. La moitié du plancher tomba en pièces ; le cabinet où le roi dictait, étant pratiqué en partie dans une grosse muraille, ne souffrit point de l'ébranlement, et, par un bonheur étonnant, nul des éclats qui sautaient en l'air n'entra dans ce cabinet, dont la porte était ouverte. Au bruit de la bombe et au fracas de la maison qui semblait tomber, la plume échappa de la main du secrétaire. “Qu'y a-t-il donc?' lui dit le roi d'un air tranquille, pourquoi n'écrivez-vous pas ?' Celui-ci ne put répondre que ces mots • Eb, sire, la bombe!' * Hé bien,' reprit le roi, 'qu'a de commun la bombe avec la lettre que je vous dicte? Continuez!'

47. Charles XII.- Dès que Charles XII eut atteint les frontières de la Turquie, il congédia toute sa suite, et ne prit avec lui que During. A la fin de la première journée, après avoir couru sans relâche, le jeune During, qui n'était pas endurci à ces fatigues excessives comme le roi de Suède, s'évanouit en descendant de cheval. Le roi, qui ne voulait pas s'arrêter un moment sur la route, demanda à During, quand celui-ci fut revenu à lui, combien il avait d'argent. During ayant répondu qu'il avait environ mille écus en or: • Donne m'en la moitié,' dit le roi, je vois bien que tu n'es pas en état de me suivre ; j'achèverai la route tout seul.' During le supplia de daigner se reposer du moins trois heures, l'assurant qu'au bout de ce temps il serait en état de remonter à cheval et de suivre sa majesté; il le conjura de penser à tous les risques qu'il allait courir.

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48. Suite. Le roi, inexorable, se fit donner les cinq cents écus, et demanda des chevaux. Alors During, effrayéde la résolution du roi, s’avisa d'un stratagème innocent: il tira à part le maître de poste, et lui montrant le roi de Suède: "Cet homme,' lui dit-il, est mon cousin ; nous voyageons ensemble pour la même affaire; il voit que je suis malade, et ne veut pas seulement m'attendre trois heures; donnezlui, je vous prie, le plus méchant cheval de votre écurie, et cherchez-moi quelque chaise ou quelque chariot de poste.' Il mit deux ducats dans la main du maître de poste, qui satisfit exactement à toutes ses demandes. On donna au roi un cheval rétif et boiteux. Le mo. narque partit seul à dix heures du soir dans cet équipage, au milieu d'une nuit

50. Un Nez Gelé.Les premiers jours où St. Petersbourg eut revêtu sa robe blanche furent pour moi des jours de curieux spectacle, car tout m'était nouveau. Je ne pouvais surtout me lasser d'aller en traîneau, car il y a une volupté extrême à se sentir entraîné, sur un terrain poli comme une glace, par des chevaux qu'excite la vivacité de l'air, et qui, sentant à peine le poids de leur charge, semblent voler plutôt que courir. Ces premiers jours furent d'autant plus agréables pour moi, que l'hiver ne se montra que petit à petit, de sorte que j'arrivai, grâce à mes fourrures, jusqu'à 20 degrés presque sans m'en être aperçu.

Un jour, comme le ciel était trèzbeau, quoique l'air fût plus vif que je ne l'avais encore senti, je me décidai à faire mes courses en me promenant; je m'enveloppai d'une grande redingote d'astracan, je m'enfonçai un bonnet fourré sur les oreilles, je roulai autour de mon cou une cravate de cachemire, et je m'aventurai dans la rue, n'ayant de toute ma personne que le bout du nez en l'air.

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51. Suite. D'abord tout alla à merveille; je m'étonnais même du peu d'impression que me causait le froid, et je riais tout bas de tous les contes que j'en avais entendu faire; j'étais, au reste, enchanté d'avoir cette occasion de m'acclimater. Cependant, après quelque temps, je crus remarquer que les personnes que je rencontrais, me regardaient avec une certaine inquiétude, mais cependant sans me rien dire. Bientôt un monsieur, plus causeur, à ce qu'il paraît, que les autres, me dit en passant: Noss!' Comme je ne savais pas un mot de russe, je crus que ce n'était pas la peine de m'arrêter pour un monosyllabe, et je continuai mon chemin. Au coin de la rue des Pois, je rencontrai un cocher qui passait ventre à terre en conduisant son traîneau; mais si rapide que fût sa course, il se crut obligé de me parler à son tour, et me cria : “Noss, noss!' Enfin, en arrivant sur la place de l'Amirauté, je me trouvai en face d'un homme du peuple, qui ne me cria rien du tout, mais qui, ramassant une poignée de neige, se jeta sur moi, et avant que j'eusse pu me débarrasser de tout mon attirail, se mit à me débarbouiller la figure et à me frotter particulièrement le nez de toute sa force. Je trouvai la plaisanterie assez médiocre, surtout par le temps qu'il fasait, et tirant un de mes bras d'une de mes poches, je lui allongeai un coup de poing qui l'envoya rouler à dix pas.

52. Suite. Malheureusement ou heureusement pour moi, deux paysans passaient en ce moment, qui, après m'avoir regardé un instant, se jetèrent sur moi, et, malgré ma défense,me maintinrent les bras, tandis que cet enragé, auquel je venais de donner un coup si violent, ramassait une autre poignée de neige, et se précipitait de nouveau sur moi.

Cette fois, profitant de l'impossibilité où j'étais de me défendre, il se mit à recommencer ses frictions. Mais, si j'avais les bras pris, j'avais la langue libre; croyant que j'étais la victime de quelque guet-à-pens, j'appelai de toute ma force au secours. Un officier accourut et me demanda en français à qui j'en avais.

• Comment! monsieur,' m'écriai-je en faisant un dernier effort et en me débarrassant de mes trois hommes, qui, de la manière la plus tranquille du monde, se remirent à continuer leur chemin ; vous ne voyez donc pas ce que ces drôles me faisaient?' Que vous faisaient-ils donc ?' Mais ils me frottaient la figure avec de la neige. Est-ce que vous trouveriez cela une plaisanterie ce bon goût, par hasard, avec le temps qu'il fait ?' . Mais, monsieur, ils vous rendaient un énorme service,' me répondit mon interlocuteur.' Comment cela ?' Sans doute, vous aviez le nez gelé.' 'Misericorde !' m'écriai-je, en portant la main à la partie menacée.

53. Suite.-— Monsieur,' dit un passant en s'adressant à l'officier, je vous préviens que votre nez gèle. Merci, monsieur, dit l'officier comme si on l'eût prévenu de la chose la plus naturelle du monde, et, se baissant, il ramassa une poignée de neige, et se rendit à luimême le service que m'avait rendu le pauvre homme que j'avais si brutalement récompensé de son obligeance. • C'està-dire alors, monsieur, que sans cet homme. • Vous n'auriez plus de nez,' continua l'officier, en se frottant le sien. Alors, monsieur, permettez Et je me mis à courir après mon homme, qui, croyant que je voulais achever de l'assommer, se mit à courir de son côté, de sorte que, comme la crainte est naturellement plus agile que la reconnaissance, je ne i'eusse probablement jamais rattrapé, si quelques personnes, en le voyant fuir et en me voyant le poursuivre, ne l'eussent pris pour un voleur, et ne lui eussent barré le chemin.

Lorsque j'arrivai, je le trouvai parlant avec une grande volubilité, afin de faire comprendre qu'il n'était coupable que de trop de philanthropie; dix roubles que je lui donnai expliquèrent la chose. Le pauvre diable me baisa les mains, et un des assistants, qui parlait français, m'invita à faire désormais plus d'attention à mon nez. L'invitation était inutile; pendant tout le reste de ma course je ne le perdis pas de vue,

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B.

FRENCH PROSATEURS.'.

1. DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

54.-Les défauts des autres, si nous pouvions les regarder d'une vue tranquille et charitable, nous seraient des instructions plus utiles; nous en verrions bien mieux la difformité que des nôtres, dont l'amour-propre nous cache toujours une partie. Ils nous pourraient donner lieu de remarquer que les passions font d'ordinaire un effet tout contraire à celui que l'on prétend. On se met en colère pour se faire croire; et l'on est d'autant moins cru que l'on fait paraître plus de colère. On se pique de ce qu'on n'est pas aussi estimé qu'on croit le mériter; et on l'est d'autant moins qu'on cherche plus à l'être. On s'offense de n'être pas aimé; et en le voulant être par force l'on attire encore plus l'aversion

55.-Ce n'est pas assez pour conserver la paix et arec soi-même et avec les autres de ne choquer personne, et de n'exiger de personne ni amitié, ni estime, ni confiance, ni gratitude, ni civilité; il faut encore avoir une patience à l'épreuve de toutes sortes d'humeurs et de caprices. Car, comme il est impossible de rendre tous ceux avec qui l'on vit justes, modérés et sans défauts, il faudrait désespérer de pouvoir conserver la tranquillité de son âme si on l'attachait à ce moyen.

Il faut donc s'attendre qu'en vivant avec des hommes on y trouvera des humeurs fâcheuses, des gens qui se mettront en colère sans sujet, qui prendront les choses de travers, qui raisonneront mal, qui auront un ascendant plein de fierté ou une complaisance basse et désagréable. Les uns seront trop passionnés, les autres trop froids. Les uns contrediront sans raison, d'autres ne pourront souffrir que l'on contredise en rien. Les uns seront envieux et malins ; d'autres insolents, pleins d'eux-mêmes et sans égards pour les autres. Quelle espérance de vivre en repos si tous ces défauts nous ébranlent, nous troublent et font sortir notre âme de son assiette.- Nicole.

des gens.

Nous y pourrions voir aussi, avec étonnement, à quel point les inêmes passions aveuglent ceux qui en sont possédés; car les effets, qui sont sensibles aux autres, leur sont d'ordinaire inconnus. Et il arrive souvent que, se rendant odieux, incommodes et ridicules à tout le monde, ils sont les seuls qui ne s'en aperçoivent pas.

Enfin, il faut considérer qu'il est aussi ridicule de se mettre en colère pour les fautes et les bizarreries des autres que de s'offenser de ce qu'il fait mauvais temps, ou de ce qu'il fait trop froid ou trop chaud, parce que notre colère est aussi peu capable de corriger les hommes que de faire changer les saisons. Il y a même cela de plus déraisonnable en ce point, qu'en se mettant en colère contre les saisons on ne les rend ni plus ni moins incommodes, au lieu que l'aigreur que nous concevons contre les hommes les irrite contre nous, et rend leurs passions plus vives et plus agissantes.- Descartes.

56.-C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaye d'opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu'à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l'irriter encore plus. Quand la force combat la sorce, la plus puissante détruit la moindre; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge : mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. Qu'on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales, car il y a cette extrème différence, que la violence n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque; au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même.--Pascal.

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57.-Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards à votre sujet. L'un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers, ou vous faites doubler les QuatreTemps et les Vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez votre monde; l'autre, que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le temps des étrennes, ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien : celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner le chat d'un de vos voisins, pour vous avoir mangé un reste de gigot de mouton; celui-ci, que l'on vous surprit une nuit en venant dérober vous-même l'avoine de vos chevaux, et que votre cocher, qui était celui d'avant moi, vous donna dans l'obscurité je ne sais combien de coups de bâton, dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que je vous dise? on ne saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces : vous êtes la fable et la risée de tout le monde; et jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de fesse-matthieu.--Molière.

trouve plaisantes, et il en rit jusqu'à éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, et lui prouve nettement qu'il dit des choses qui ne sont pas vraies ; Arrias ne se trouble point, prend feu, au contraire, contre l'interrupteur: “Je n'avance,' lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d'original ; je l'ai appris de Séthon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais familièrement, que j'ai fort interrogé, et qui ne m'a caché aucune circonstance.' Il reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il ne l'avait commencée lorsqu'un des conviés lui dit: 'C'est Séthon lui-même à qui vous parlez, et qui arrive fraîchemnt de son ambassade.' - La Bruyère.

59.—Le roi arriva le jeudi au soir ; la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa ; il y eut quelques tables où le rôti manqua à cause de plusieurs dîners auxquels l'on ne s'était pas attendu : cela saisit Vatel; il dit plusieurs fois : "Je suis perdu d'honneur; voici un affront que je ne supporterai pas.' Il dit à Gourville: • La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi; aidez-moi à donner des orders.' Gourville le soulagea en ce qu'il put. Le rôti, qui avait manqué non pas à la table du roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui venait toujours à l'esprit." Gourville le dit à M. le prince. M. le prince alla jusque dans la chambre de Vatel, et lui dit: Vatel, tout va bien, rien n'était si beau que le souper du roi.' Il répondit: 'Monseigneur, votre bonté m'achève; je sais que le rôti a manqué à deux tables.' Point du tout,' dit M. le prince, 'ne vous fâchez point, tout va bien.'

58.--Arrias a tout lu, a tout vu; il veut le persuader ainsi; c'est un homme universel, et il se donne pour tel; il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On parle à table d'un grand d'une cour du Nord, il prend la parole et l'ôte à ceux qui allaient dire ce qu'ils en savent; il s'oriente dans cette région lointaine comme s'il en était originaire; il discourt des mœurs de cette cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes; il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les

60.--Minuit vint; le feu d'artifice ne réussit pas; il fut couvert d'un nuage; il coûtait seize mille francs. A quatre heures du matin, Vatel s'en va partout, il trouve tout endormi; il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée; il lui demande: • Est-ce là tout ?' •Oui, Monsieur.'

Il ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de

Vatel attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne vinrent point; sa tête s'échauffait ; il crut qu'il n'aurait point d'autre marée; il trouva

mer.

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