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D'un jeune lys elle avait la blancheur;
Mais aussitôt le père de la treille,
De ce nectar dont il fut l'inventeur,
Laissa tomber une goutte vermeille,
Et pour toujours il changca sa couleur.
De Cythérée elle est la fleur chérie,
Et de Paphos elle orne les bosquets :
Sa douce odeur, aux celestes banquets,
Fait oublier celle de l'ambroisie ;
Son vermillon doit parer la Leauté;
C'est le seul fard que met la volupté ;
A cette bouche où le sourire joue,
Son coloris prête un charme divin.
Elle se mêle aux lys d'un joli sein ;
De la pudeur elle couvre la joue ,
Et de l'aurore elle rougit la main.

En général M. de Parny conserva toujours la pureté de son style, lors même

que

la direction de son talent parut absolument changée; et qu'après avoir été inspiré par les émotions de son ame, il se laissa entraîner au funeste torrent des idées qui prévalurent. Les lieux communs de la plaisanterie cynique dont il avait su'éviter le danger dans sa jeunesse, devinrent l'aliment chéri de son âge mûr. Il préluda par le Paradis perdu, par les Galanteries de la Bible à un poëme licencieux, dont je ne citerai pas même le nom, mais qui figurera dans l'histoire des travers de

l'esprit hnmain, beaucoup plus que dans celle de la littérature française. Voici le jugement qu'en a porté l'écrivain dont nous avons parlé plus haut.

« Quand on songe aux années pendant lesquelles il appliqua son talent et ses méditations » à cet ouvrage, quand on songe surtout à l'épo» que où M. de Parny le publia, on gémit d’être n obligé d'avouer que le poète a scandaleusement » démenti cette sensibilité, qui ne fut sans doute » le premier ressort de son génie que parce qu'elle » était le fond de son caractère; on se demande » avec douleur par quelle contradiction il serait » donc possible que les intérêts et les malheurs » de l'humanité ne rencontrassent qu'endurcis» sement et sécheresse, dans un caur capable » des passions les plus vives et des sentiments les » plus tendres?

Qui pourrait se représenter Tibulle, le sen» sible, le délicat Tibulle, se jouant au milieu des » proscriptions, et insultant aux proscrits sur » cette même lyre, encore toute frémissante des » doux sons de l'amour et du nom de Délie? Heu» reusement la mémoire du poète latin est par» venue sans tache à la postérité, et nul de ses » ouvrages ne fut une mauvaise action.» Ensuite se rappelant de Delille, enlevé seulement quelques mois avant lui, il dit : « Delille accorda quel » que chose aux caprices de son siècle; Parny » leur refusa tout. Que n'a-t-il respecté toutes les » sortes de convenances comme il a senti celles » de la composition? Pendant qu'il chantait la » Guerre des Dieux devant les autels des Furies, » Delille embrassait l'autel de la miséricorde, et » chantait la Pitié. (1)».

(1) Journal des Debats du 23 décembre 1814.

CHANSONS.

Les Français ont un talent particulier pour les chansons, et surtout pour les chansons satiriques, dans lesquelles aucune nation ne les a surpassés. Presque chaque jour, avant la révolution, il en paraissait de nouvelles, applicables à quelque personne ou à quelque événement. Ce talent tient à plusieurs causes : à la gaîté qui caractérise la nation française, au secret qu'elle a de saisir le ridicule et de le rendre sensible; enfin, à la langue, qui a infiniment de mots à double entente.

Ils n'ont pas moins produit de chansons amoureuses, que de chansons satiriques; car la galanterie eut toujours beaucoup d'influence sur les mours et de la cour et de la ville.

Ils ont aussi un grand nombre de chansons bachiques, parce que le goût du vin et les plaisirs de la table ont long-temps régné chez eux. Alors on chantait à table; mais le ton de la société étant devenu plus mesuré, ce plaisir bruyant a été banni des repas d'un certain monde.

La ronde, qu'on distingue en ronde dansante et en ronde bachique, est une chanson ornée d'un refrain. On dansait en rond, et l'une des personnes dansantes chantait une chanson, dont tous les autres répétaient les paroles : Marlborough s'en va-t-en guerre, etc., est une ronde. Quant à la ronde bachique, elle se chantait toujours à table, et tous les convives étaient obligés de répéter les derniers vers du chanteur, qu'on appelait le refrain, et de faire chorus avec lui.

Un recueil de chansons est en quelque sorte une histoire anecdotique; et il y a des recueils de ce genre dans les cabinets des curieux, avec des notes explicatives. Il en existait un très étendu dans la bibliothèque de feu le marquis de Paulmy.

« On n'aurait pas imaginé chez les Romains, » dit M. de La Harpe, ni même chez les Athé» niens, aussi légers que les Romains étaient sé» rieux, de trouver leur histoire dans leurs chan» sons. Celles d'Horace et d’Anacréon n'ont pour » objet que leurs plaisirs et leurs amours; et les » guerres civiles et les proscriptions n'ont point » été chez les anciens des sujets de vaudeville...

» En un mot, on peut assurer qu'il n'y a pas » eu en France un seul événement public, de » quelque nature qu'il fût, qui n'ait été la matière » d'un couplet, et le Français est le peuple chan

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