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» plus vif emprunta le langage de la séduction, » et, si l'on veut même, celui de la corruption philosophique et du libertinage; car tel est le >> caractère de la première partie des poésies éro»tiques de M. de Parny: c'est en cela qu'elles >> appartiennent bien à leur époque, et qu'elles » sont l'expression du temps qui les vit naître; » mais elles sont très éloignées de s'y rattacher >> par les rapports du style. L'auteur, environné » de tant d'écueils qu'il ne put éviter, sauva du » moins son goût du naufrage; et parmi les plus >> pernicieuses influences, son talent et sa diction » brillèrent de l'éclat le plus pur (1). »

Jamais dans les écrits de M. de Parny on ne voit rien qui sente la recherche, rien qui nuise au naturel ; jamais il ne sacrifie la vérité à l'effet, ni la pensée au coloris. Le mauvais goût ne put l'atteindre.

Les Elégies de M. de Parny, dans lesquelles il peint les regrets et la mélancolie de l'amour, après en avoir célébré les plaisirs et le bonheur, sont particulièrement admirables et pour le style et pour le sentiment : j'en transcrirai deux, et je les prendrai au hasard.

(1) Journal des Débats du 23 décembre 1814.

ÉLÉGIE.

Il est temps, mon Éléonore,

De mettre un terme à nos erreurs;

Il est temps d'arrêter les pleurs
Que l'amour nous dérobe encore.
Il disparaît l'âge si doux,

L'âge brillant de la folie;
Lorsque tout change autour de nous,
Changeons, ô mon unique amie!
D'un bonheur qui fuit sans retour,
Cessons de rappeler l'image,
Et des pertes du tendre amour
Que l'amitié nous dédommage.

Je quitte enfin ces tristes lieux
Où me ramena l'espérance;
Et l'océan entre nous deux
Va mettre un intervalle immense.
Il faut même qu'à mes adieux
Succède une éternelle absence;
Le devoir m'en fait une loi.
Sur mon destin sois plus tranquille,
Mon nom passera jusqu'à toi.
Quel que soit mon nouvel asyle,
Le tien parviendra jusqu'à moi.
Trop heureux si tu vis heureuse!
A cette absence douloureuse
Mon cœur pourra s'accoutumer;
Mais ton image va me suivre,
Et si je cesse de t'aimer,
Grois que j'aurai cesséde vivre.

AUTRE ÉLÉGIE.

Aimer est un destin charmant :
C'est un bonheur qui nous enivre,
Et qui produit l'enchantement.
Avoir aimé, c'est ne plus vivre;
Hélas! c'est avoir acheté

Cette accablante vérité,

Que les serments sont un mensonge,
Que l'amour trompe tôt ou tard,
Que l'innocence n'est qu'un art,
Et que le bonheur n'est qu'un songe.

Le talent et le goût du chevalier de Parny ne l'abandonnèrent pas avec les inspirations de l'amour. Plusieurs compositions agréables succédèrent aux poésies érotiques; les teintes aimables et douces que les premiers sujets, traités par lui, avaient laissées dans son imagination, colorèrent les Tableaux, les Fleurs, les Déguisements, et autres jolies pièces, dans lesquelles on reconnaît la même touche et la même grâce que dans celles qui les avaient précédées.

Voici un fragment du petit poëme intitulé les Fleurs :

mers 2

Lorsque Vénus, sortant du sein des
Sourit aux dieux charmés de sa présence,
Un nouveau jour éclaira l'univers.
Dans ce moment la rose prit naissance;

D'un jeune lys elle avait la blancheur;
Mais aussitôt le père de la treille,
De ce nectar dont il fut l'inventeur,
Laissa tomber une goutte vermeille,
Et pour toujours il changea sa couleur.
De Cythérée elle est la fleur chérie,
Et de Paphos elle orne les bosquets :
Sa douce odeur, aux celestes banquets,
Fait oublier celle de l'ambroisie;
Son vermillon doit parer la beauté;
C'est le seul fard que met la volupté;
A cette bouche où le sourire joue,
Son coloris prête un charme divin.
Elle se mêle aux lys d'un joli sein;
De la pudeur elle couvre la joue,
Et de l'aurore elle rougit la main.

ame,

En général M. de Parny conserva toujours la pureté de son style, lors même que la direction de son talent parut absolument changée; et qu'après avoir été inspiré par les émotions de son il se laissa entraîner au funeste torrent des idées qui prévalurent. Les lieux communs de la plaisanterie cynique dont il avait su ́éviter le danger dans sa jeunesse, devinrent l'aliment chéri de son âge mûr. Il préluda par le Paradis perdu, par les Galanteries de la Bible à un poëme licencieux, dont je ne citerai pas même le nom, mais qui figurera dans l'histoire des travers de

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l'esprit hnmain, beaucoup plus que dans celle de la littérature française. Voici le jugement qu'en a porté l'écrivain dont nous avons parlé plus haut. <«< Quand on songe aux années pendant lesquelles il appliqua son talent et ses méditations » à cet ouvrage, quand on songe surtout à l'épo» que où M. de Parny le publia, on gémit d'être » obligé d'avouer que le poète a scandaleusement » démenti cette sensibilité, qui ne fut sans doute >> le premier ressort de son génie que parce qu'elle » était le fond de son caractère; on se demande >> avec douleur par quelle contradiction il serait » donc possible que les intérêts et les malheurs » de l'humanité ne rencontrassent qu'endurcis» sement et sécheresse, dans un cœur capable >> des passions les plus vives et des sentiments les >> plus tendres?

>> Qui pourrait se représenter Tibulle, le sen»sible, le délicat Tibulle, se jouant au milieu des proscriptions, et insultant aux proscrits sur » cette même lyre, encore toute frémissante des >> doux sons de l'amour et du nom de Délie? Heu>> reusement la mémoire du poète latin est par» venue sans tache à la postérité, et nul de ses » ouvrages ne fut une mauvaise action.» Ensuite se rappelant de Delille, enlevé seulement quelques mois avant lui, il dit : «< Delille accorda quel

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