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Ce héros s'exposa mille fois au trépas;
Il parcourut les mers presque d'un bout à l'autre,
Pour chercher son épouse et revoir ses appas:

Quels périls ne couriez-vous pas ,

Pour vous éloigner de la vôtre ? » Mais la différence est petite, et il fallait bien » que cette comparaison eût la destinée de toutes » les autres, c'est-à-dire , qu'elle clochât un peu. » Vous êtes bien plus juste dans les vôtres. Celle » du Printemps est charmante, et celle de l'Au» rore est précieuse, et riante au possible. Enfin, » l'une et l'autre sont telles, qu'elles pourraient » bien vous avoir fait des affaires. Je me doute » fort qu'une dame et une demoiselle, qui sont » ici, ne les ont point regardées sans envie. C'est » une chose étrange, dans ce sexe, que l'ambition » d'être la plus belle; mais vous avez bon moyen » de vous mettre en grâce.

De voire muse ravissante

Les chants, les discours séducteurs,
Apaiseront, par leurs charmes flatteurs,

Cette tempête menaçante.

Un encens bien moins précieux
Que n'est celui que votre main présente ,
A mille fois fléchi la colère des dieux.

» Après tout, Monsieur, c'est bien le moins » que je vous doive pour vos présents, que de » vous en remercier. Vous êtes le premier homme » du monde pour les châteaux en Espagne; et » puisque vos rêveries sont si agréables, je ne » m'étonne plus que vous vous y plaisiez tant. » C'est un mal qui se communique, et je vous » avoue qu'en lisant votre lettre, je n'ai pu me » défendre d'y tomber. »

Tout indigne que je me sens

Des biens que m'ont donnés vos songes,
J'ai quelque temps abandonné mes sens
A de si doux et si plaisants mensonges.

Déjà mon esprit prévenu
De vos riches bienfaits réglait le revenu.

Déjà dressant les équipages,
Et digne nourrisson de l'aise et du sommeil,
Je me trouvais le teint plus frais et plus vermeil ;
Je me trouvais d'autres vertus encore,

Vertus d'un abbé seulement,
Et que tout autre humain ignore :

Mais enfin, en moins d'un moment,
La raison, qui nous sert bien moins à nous conduire
Qu'à nous persécuter toujours cruellement,

Est venue à mes yeux détruire,
Du faîte jusqu'au fondement,

Un édifice si charmant. Le second exemple que je me propose de vous offrir, est un Madrigal par Vergier, en voyant la peinture d'un Amour déguisé en cordelier, à une dame qui avait un cordelier pour confesseur.

Sous un visage séculier
L'Amour n'ayant pu vous surprendre,

Pour vous soumettre vient de prendre
Le visage d'un cordelier.

Je ne sais point par quel augure

Il prend cette étrange figure.
Est-ce que cette robe aurait quelque vertu ?
Mais enfin il en fait son habit de dimanche;
Et depuis que d'un froc il se voit revêtu,

Il croit vous tenir dans sa manche.

LA MOTTE.

Antoine Houdart de La Motte naquit à Paris en janvier 1672. Son père, marchand chapelier, était du diocèse de Troyes, et y possédait une petite terre nommée La Motte. Son fils Houdart était destiné pour le barreau; mais son goût pour la poésie et le théâtre le força d'y renoncer : il s'appliqua à l'étude des belles-lettres et de l'art dramatique. A l'âge de vingt-un ans, on représenta sa première pièce au théâtre Italien (1), intitulée les Originaux, en trois actes, mêlée de

(1) Il y avail eu à Paris, du temps de Louis XIV, une troupe de comédiens italiens qui fut renvoyée; il en revint une autre sous la régence, qui a subsisté long-temps, et à laquelle, en 1762, fut réuni l'Opéra-Comique français; ce qui fit que ce théâtre conserva le nom de Comédie italienne, qu'il n'a perdu que depuis la révolution. C'est dans la salle qui portait ce nom, que M°. Catılani vient d'obtenir (1815) le privilege de donner des concerts.

prose et de vers, qui n'eut aucun succès. Bientôt après, il se retira à La Trappe (1), où il porta

(1) Je crois, à ce propos, qu'il ne sera pas sans intérêt pour mes compatriotes que j'entre dans quelques détails sur la reformation de la Trappe , ainsi que sur un ordre qui, par cette réforme , devint si célèbre.

Armand-Jean Bouthillier de Rancé, naquit à Paris le 9 janvier 1626; il était neveu de Bouthillier, comte de Chavigny, ministre d'état et surintendant des finances, qui fut nommé par Louis XIII, dans son testament, membre du conseil de régence, avec le prince de Condé, le chancelier et le cardinal Mazarin. M. de Rancé était un des hommes de son temps, parmi les gens du monde, le plus instruit de la littérature ancienne et moderne. Étant fort jeune, il publia une édition très estimée d'Anacréon en grec, avec des notes. Il avait plusieurs abbayes; il aimait les plaisirs, mais sans perdre de vue les objets auxquels aspirait son ambition. On attribue la résolution qu'il prit de se faire religieux, à une circonstance la plus extraordinaire et la plus tragique. Au retour d'un voyage, allant voir la célèbre duchesse de Montbazon qu'il aimait, et dont il ignorait la mort, il monta, comme il avait coutume, par un escalier dérobé. En entrant dans son appartement, quelle fut sa surprise d'y trouver un cercueil de plomb qui renfermait le corps de sa maîtresse ! et ce qui ajouta à l'horreur du spectacle, c'est que le cercueil s'étant trouvé trop court, la tête arait été séparée du corps, et mise à côté dans un bassin. Cette mort si inattendue et cet aspect affreux produisirent une révolution totale dans les sentiments de l'abbé de Rancé. Il se retira d'abord dans sa terre de Verret, près de Tours. Il se

l'habit pendant plusieurs mois; mais soit que sa ferveur diminuât, soit, comme on le disait

détermina ensuite à embrasser l'état monastique. Il vendit ses terres, et en donna le produit à l'Hôtel-Dieu de Paris. Il ne conserva de tous ses bénéfices que le prieuré de Boulogne et son abbaye de la Trappe. Il prit l’habit régulier dans l'abbaye de Perseigne, de l'ordre de Cileaux; il y fut admis, entra au novicial en 1663, et fit profession l'année d'après , à l'âge de trente-buit ans.

Les religieux de la Trappe étant tombés dans de grands déréglements, l'abbé de Rancé demanda et obtint du pape des expéditions pour y établir la réforme. Il s'y rendit en 1664, et y établit ce qu'on appelait la règle de l'étroite observance, en rappelant les religieux à leur institution, au genre de vie prescrit par leur fondateur, et qui a été strictement suivi ensuite, jusqu'à ce que tous les ordres en France aient été dissous par la révolution. L'abbé de Rance expira sur la paille, entouré de toute sa communauté, le 26 octobre 1700, à l'âge de soixantequatorze ans. Il a laissé de nombreux ouvrages. On a observé de lui, qu'il joignait à un zèle ardent mais éclairé, le talent de Ja persuasion et une grande facilité d'écrire.

Le monastère de Citeaux fut fondé en 1058, par S. Etienne, natif d'Angleterre, qui passa en France et se fit religieux dans le munastère des bénédictins (*) de Molesme. Il se retira ensuite dans la forêt de Citeaux , qui n'était alors qu'une vaste solitude. Il y fit bâtir un monastère, et y établit des religieux sous des statuts les plus rigides. Le travail était le seul moyen que

(*) En Angleterre on les appelait les moines noirs (black friars), à cause de leur habillement,

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