Imágenes de páginas
PDF
EPUB

contre les auteurs téméraires qui avaient osé porter la main sur l'arche sainte, et leur valut une foule de mauvaises épigrammes, dont voici un échantillon :

Ce Champcenetz, un peu bête, dit-on,
A Rivarol reprochait sa naissance;
A Champcenetz , l'autre , pour sa défense,
Fort soutenait qu'il n'était qu'un oison.
Comment juger? tous deux avaient raison.
On convint que, pour juger l'offense,
L'un serait comte et l'autre homme d'esprit.
Chez la Sottise on rédigea l’écrit,

Signé Midas, et plus bas l’IMPUDENCE. La révolution étant venue, M. de Rivarol se jeta franchement dans le parti de la cour, et soutint son opinion, avec autant de constance que

d'esprit, dans un journal qui portait le nom de Sabbathier de Castres ; c'est là qu'il annonça les excés de la révolution avec une assurance remarquable. M. Burke écrivit à l'auteur qu'on mettrait un jour ses observations politiques à côté des annales de Taci!e. Il y avait un peu d'exagération dans cet éloge; mais il est flatteur

pour M. de Rivarol de l'avoir obtenu.

M. de Rivarol s'occupa, dans les derniers temps de sa vie, de ramasser les matériaux d'un nouveau Dictionnaire de la langue française; ouvrage long et pénible, ouvrage immense et peut-être au-dessus de ses forces ; il n'en a publié que le discours préliminaire, brillant d'idées et d'aperçus nouveaux, mais quelquefois fatiguant par des discussions métaphysiques étrangères à son sujet.

Quelques-unes de ces discussions ont cependant un but, et un but moral très important, dans les circonstances où l'auteur écrivait. N'oubliez pas, madame, qu'il écrivait à une époque où la révolution française menaçait de bouleverser l'ordre social, et s'étayait, dans ses entreprises, du secours de la philosophie. M. de Rivarol combat de toutes ses forces les inductions de cette philosophie meurtrière, qui n'a rien de commun avec celle de Socrate, de Fénelon, de Bacon et de Montesquieu. C'est une observation qu'il ne faut

pas oublier.

Il prouve, en vingt endroits de son discours, que la religion seule peut rendre les états tranquilles et les peuples heureux.

Laissez, dit-il, l'honneur et la morale pure » au petit nombre, et la religion et ses pratiques » au peuple. Car si le peuple a beaucoup de re» ligion, et si les gens élevés ont beaucoup de » morale, il en résultera, pour le bonheur du » monde, que le peuple trouvera beaucoup de

religion à la classe instruite, et que celle-ci trou» vera beaucoup de morale au peuple, et on se » respectera mutuellement.

» Mais on objecte que la philosophie apprend

[ocr errors]
[ocr errors]

» à supporter la pauvreté et à pardonner les ou» trages.

» Je ne crois pas que la philosophie ait à se » vanter d'avoir encore inspiré le mépris des ri» chesses et l'oubli des injures à une nation. Je la » défie surtout de calmer un cour en proie à ses » remords, et c'est ici que triomphe la religion.

Quand un coupable, bourrelé par sa cons» cience, ne voit que châtiments du côté de la jus» tice, et flétrissures du côté du monde; quand » l'honneur, ajoutant encore ses tortures à son

désespoir, ne lui ouvre qu'un précipice; la reli»gion survient, embrasse le malheureux, apaise » ses angoisses et l'arrache à l'abîme. Cette récon» ciliation de l'homme coupable avec un Dieu » miséricordieux est l'heureux point sur lequel » se réunissent tous les cultes.

» La philosophie n'a pas de tels pouvoirs : elle » manque à la fois et de tendresse pour l'infortuné » et de magnificence pour

le
pauvre.

Chez elle, » les misères de la vie sont des maux sans remède, » et la mort est le néant. Mais la religion échange » ces misères contre des félicités sans fin: et avec » elle le soir de la vie touche à l'aurore d'un jour » éternel. »

Ces idées sont justes et noblement exprimées : mais il faut en convenir, on ne s'attendait guère

à les trouver dans le prospectus d'un Dictionnaire de la langue française. M. de Rivarol avait beaucoup de facilité

pour la poésie, et de goût pour la satire; il ne s'y livra cependant qu'avec une certaine modération, et rarement.

Parmi les pièces de ce genre que l'éditeur de ses cuvres nous a conservées, vous lirezavec plaisir un plaisant Dialogue entre le chou et le navet, à l'occasion du Poëme des Jardins, dans lequel M. Delille avait négligé de parler de ces deux légumes. Le navet se plaint d'avoir été oublié, et dit:

Des mépris d'un ingrat le sage se console.
Je vois

que
c'est

pour plaire à ce Paris frivole ,
Qu'un poète orgueilleux veut nous exiler tous

Des jardins où Virgile habitait avec nous.
Le chou répond:

Qu'importent des succès par la brigue surpris ?
On connaît les dégoûts du superbe Paris.
Combien degrands auteurs dans leurs soupers brillèrent,
Qui, malgré leurs amis, au grand jour s'éclipsèrent.
Le monde est un théâtre, et dans ses jeux cruels,
L'idole du matin, le soir n'a plus d'autels.
Nous y verrons tomber cet esprit de college (1),
De ces dieux potagers déserteur sacrilege ;
Sa gloire passera, \cs navets resteront.

(1) M. Delille était professeur au college de la Marche,

Vous lirez encore, mais avec moins de plaisir, un Dialogue entre le 19. et le 20€. siècle, satire dirigée principalement contre Voltaire, Marmontel, La Harpe et Beaumarchais,

Voici le jugement qu'il porte de Voltaire. C'est 19.

siècle qui parle:

le

Un génie! oh! vraiment, pour que chacun le crût,
Sans le croire lui-même, il fit bien ce qu'il put.
Du bâton de l'intrigue étayant sa faiblesse,
D'une cabale ardente il ameuta l'ivresse.
Sa troupe jusqu'aux cieux élevant son héros,
Crut l'y voir elle-même, et l'y fit voir aux sots.
Dès-lors, ainsi du moins le racontait un sage
Qui l'avoit vu jadis au matin de son âge,
Dès lors il eut le front de s'unir en chorus
A la voix du délire , à tous ses cris confus
Qui mettaient dans scs mains le sceptre du génie.

[ocr errors]

Ces vers ne sont ni bons, ni mauvais; mais j'ai cru devoir les remettre sous vos yeux, pour vous donner une idée de l'opinion que M. de Rivarol s'était formée de Voltaire. Voici celle qu'il avait de Mme. de G..... C'est une couleuvre qui parle, et qui répond aux éloges que cette dame avait adresses aux couleuvres, dans une pièce de vers:

J'ai lu les bouts-rimés où vous bravez en paix

Le goût, la langue et l'harmonie ;
Ces vieux tyrans du Pinde ont péri sous vos

traits :

« AnteriorContinuar »