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» ne plus m'occuper d'un théâtre où l'on distin» gue si peu

les

personnes et les talents. . » Je suis, Messieurs, autant que vous méritez » que je le sois, votre, etc.)

Il tiot parole, il abandonna entièrement le théâtre Français ; mais il donna au théâtre Italien sa comédie des Adieux de Mars, qui obtint de grands applaudissements. Elle contient une peinture fidele des moeurs, avec une critique fine et du meilleur goût. Il essaya aussi le genre lyrique, et donna avec succès l'opéra de Léandre et Héro.

Une traduction qu'il fit de la Prière universelle de Pope, qui parut en 1741, lui attira une lettre de reproches du chancelier d’Aguesseau, qui croyait voir dans cet ouvrage un systême de déisme très caractérisé. Pompignan s'empressa de se justifier auprès de ce vertueux magistrat. Dans une lettre qu'il fit imprimer dans le Journal des Savints, il ne laissa subsister aucun doute sur ses sentiments religieux, et par-là il se réconcilia parfaitement avec les dévots et le chancelier. . Il a traduit de Dion Cassius le discours de Mécenas à Auguste, pour le conjurer de ne pas abdiquer l'empire, et celui d’Agrippa, pour rendre la liberté à Rome. On voit par cette traduction, qui est très élégante, que Pompignan aimait mieux le gouvernement monarchique que le républicain.

Plusieurs deses ouvrages ontassurément du mérite; mais sa tragédie de Didon, et l'odesur la mort de Rousseau, dont j'ai donné un extrait, sont, à mon avis, de tout ce qu'il a écrit, ce qu'il a fait de mieux, et ce qu'on revoit avec plus de plaisir.

Son Voyageen Languedoc est incontestablementinférieur à celui de Chapelle et Bachaumont; mais on y admire le tableau qu'il fait des spectacles des Romains, ainsi que les combats de gladiateurs.

Là, nos yeux étonnés promènent leurs regards
Sur les restes pompeux du faste des Césars.
Nous contemplons l'enceinte où l'arène souillée
Par tant de sang humain, dont elle fut mouillée,
Vit tant de fois le peuple ordonner le trépas
Du combattant vaincu qui lui tendait les bras.
Quoi! dis-je, c'est ici, sur cette même pierre
Qu'ont épargnée les ans, la vengeance et la guerre,
Que ce sexe si cher au reste des mortels,
Ornement adoré de ces jeux criminels,
Venait d'un front serein, et de meurtres avide,
Savourer à loisir un spectacle homicide;
C'est dans ce triste lieu qu'une jeune beauté,
Ne respirant ailleurs qu'amour et volupté,
Par le geste fatal de sa main renversée,
Déclarait sans pitié sa barbare pensée ,
Et conduisait de l'ail le poigoard suspendu,
Dans le flanc d'un captíf á scs pieds étendu?

M. de Pompignan mourut dans le mois de novembre 1784, à l'âge de soixante - quinze ans, d'un coup d'apoplexie. S'il avait des faiblesses, il n'avait point de vices. Il emporta avec lui l'estime des hommes sages et vertueux, et l'amour et les regrets de tous les habitants de sa province.

BERNA RD. Pierre-Joseph Bernard naquit à Grenoble en 1710, et fut élevé au collége des jésuites à Lyon. Le maréchal de Coigny le fit nommer secrétairegénéral des dragons, place qui valait mille livres sterling de revenu. En 1771, il perdit entièrement la mémoire, et mourut dans cet état en 1775.

Ses poésies légères et douces et surtout son Art d'Aimerle firent appeler le Gentil Bernard. On admiresonépître à Claudine,et la chanson delaRose; mais l'opéra de Castor et Pollux, jouépour la première fois en 1737, est celui de ses ouvrages qui a fait le plus de sensation. La musique, qui est de Rameau, a été également admirée, et a fait longtemps les délices des Parisiens. La musique ayant changé de genre, par

l'arrivée à Paris de Gluck et des compositeurs italiens, on cessa de donner les anciennes pièces; on les tourna même en ridicule. Cependant on a toujours vu, et l'on voit encore des personnes regretter ces mêmes pièces, et chanter de longues tirades de Lully et de Rameau avec un plaisir extrême.

On peut juger de la poésie de cet opéra par ce monologue :

Présent des Dieux, doux charme des humains,
O divine amitié , viens pénétrer nos ames!

Les cœurs éclairés de tes flammes,
Avec des plaisirs purs, n'ont que des jours sereins.

C'est dans tes næuds charmants que tout est jouissance;
Le temps ajoute encore un lustre å ta beauté :

L'amour te laisse la constance;
Et tu serais la volupté,
Si l'homme avait son innocence.

Présent des Dieux, etc.

Chargé par Madame de la Valière de l'inviter à souper, Voltaire lui écrivit:

:
Au nom du Pinde et de Cythere,
Gentil Bernard est averti
Que l'Art d'aimer doit, samedi ,
Venir souper chez l'Art de plaire.

P. DE RIVARO L.

M. de Rivarol naquit à Bagnols en Languedoc, le 17 avril 1757, d'une famille originaire du Piémont; il était l'aîné de seize enfans, bien fait de sa personne, doué d'une figure agréable, d'une imagination brillante et d'une élocution facile et piquante. Il vint à Paris à l'âge de vingt ans, y mena une vie fort appliquée, quoique frivole en apparence; car il se livrait à la société pendant le

jour, et au travail pendant la nuit. Il savait beaucoup, parce qu'il avait beaucoup travaillé.

La Traduction du Dante est son premier ouvrage important; et quoiqu'il l'ait corrigée longtemps, et souvent retouchée, quoique M. de Buffon ait dit que c'était une création perpétuelle, et que la langue française y était maniée avec une haute supériorité, elle n'en est pas plus estimée des connaisseurs; et ce n'est peut-être pas la faute du traducteur.

M. de Rivarol exerça son talent d'une manière plus heureuse dans le Discours sur l'universalité de la Langue française; discours qui fut couronné

par

l'académie de Berlin, et a obtenu les suffrages de tous les hommes de goût. L'éclat du style, la force des pensées, la justesse des observations, sont des qualités précieuses qu'on y trouve réunies, mais qu’un abus d'esprit, des figures recherchées, une certaine tournure paradoxale, y déparent trop souvent.

Quelque temps après, M. de Rivarol publia en société avec M. de Champcenetz le petit Almanach des grands hommes ; satire ingénieuse, mais beaucoup trop longue, de cette multitude d'écrivains ignorés, qui se croient réellement des gens d'esprit, parce qu'ils ont publié une chanson, une épigramme, un compliment ou un distique.

Cet ouvrage révolta toute la basse littérature

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