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à ce genre

avec le même plaisir que ceux dont le succès est assuré depuis quarante ans. L'âge avancé de l'auteur ne le rendait

pas
moins

propre de composition.... Marmontel rappelle plus d'une fois les événements dont il fut témoin, les femmes aimables et les hommes célèbres ses contemporains, leurs pensées, leurs discours, et les anecdotes de leur vie.... Aussi la peinture des moeurs est peut-être plus fidèle dans ces derniers essais, que dans les premiers (1). »

Les Contes moraux ont eu assurément un grand succès; mais on peut ajouter aux observations que j'ai rapportées plus haut, le reproche de la monotonie, soit dans les sentiments, soit dans la manière de les exprimer.

« L'auteur des Contes moraux ne se contenta point de finir avec tant de correction ces esquisses légères de la vie humaine. Il tenta de plus grands tableaux; il fit Bélisaire.

» Les censures de la Sorbonne, les apologies de Voltaire, et les lettres flatteuses de la Czarine, ont augmenté, sans doute, la renommée de cet ouvrage. Mais il aura toujours un prix indépendant de toutes les circonstances. Les premiers chapitres sont, à mon gré, de tous les morceaux

(1) Mercure de France.

de Marmontel, ceux où son talent s'est le plus élevé. Tout y est simple, touchant et majestueux, comme l'ame et la situation de Bélisaire. Combien on regrette, après ce début qui a tant d’intérêt et de grandeur, de ne plus voir qu'un traité de politique, là où l'on attendait le charme et l'action de l'épopée ! Il y a sans doute, de l'éloquence et de belles pensées dans les conversations de Bélisaire et de Justinien; mais pourquoi Marmontel n’a-t-il pas fait entrer ses idées morales et législatives dans le tissu d'une action intéressante et variée, à l'exemple de l'immortel auteur du Télémaque (1)? »

L'auteur de cet article critique Bélisaire; mais il le critique avec la douceur que le sentiment de l'amitié inspire naturellement. D'autres en ont parlé avec moins de ménagement et souvent avec injustice.

La première partie de Bélisaire instruit et intéresse le lecteur; et si Marmontel avait continué à soutenir cet intérêt, en occupant l'imagination, Bélisaire, eût mérité d'être mis dans le petit nomhre des ouvrages classiques.

« La découverte du nouveau monde pouvait fournir encore un tableau plus riche et plus heureux que les disgrâces de Bélisaire. C'est là

que

))

(1) Mercure de France.

s'offraient à l'épopée les événements et les personnages les plus dignes d'elle. Mais quand Marmontel fit les Incas, son imagination sembla plus intimidée qu'enhardie par la grandeur et Tabondance du sujet. Il n'en a point embrassé l'ensemble avec assez de force et d'audace. Il en a seulement exécuté quelques parties avec un rare talent. Si l'ordonnance n'est pas aussi bien conçue qu'elle pourrait l’être, le mérite d'un style noble, élégant, nombreux et soigné; des tablcaux pleins d'éclat et de douceur, partout d'heureux détails, attachent le goût et l'imagination. Des épisodes tels que celui de Cora et d’Alonzo, demandent grâce pour les défauts du plan (1)... » Mais les articles de littérature

que

Marmontel composa pour l'Encyclopédie, et pour le supplément de ce même ouvrage, seront peut-être un jour le premier titre de sa renommée. « Ces ar» ticles, dit l'auteur des Trois Siècles de la Lit» térature française, prouvent combien cet écri» vain est capable de joindre le mérite de penser » avec justesse, à celui de s'exprimer avec grâce, » quand il ne cherche pas à sortir de lui-même, ») et à appliquer ses talents à des sujets qui leur » sont étrangers. »

(1) Mercure de France.

La conclusion de tout ce que nous venons de dire, est que M. Marmontel fut un littérateur très distingué, mais non pas un écrivain du

premier ordre.

Claire d'Albe.--Amélie de Mansfield.-Eli

sabeth, ou les Exilés de Sibérie.Mathilde. Malvina.

Madame Cottin, auteur de ces cinq romans, naquit à Bordeaux en 1773, ét est morte à Paris en 1807, à l'âge de trente-quatre ans. Douée d'une imagination très vive et d'une grande facilité

pour rendre ses idées, elle se plaisait dans la solitude à écrire les pensées qui l'occupaient. Entraînée par cette facilité, elle écrivit ainsi trois ou quatre cents pages de suite, sans songer ni au public, ni à elle-même, et il se trouva que ces quatre cents pages formaient un roman plein d'éloquence et de sensibilité. Ce fut ainsi qu'elle fit Claire d'Albe, qui trouva beaucoup de partisans dans le monde et quelques censeurs; bientôt après, elle publia Malvina, qui n'eut pas moins de succés

que son premier ouvrage; Amélie de Mansfield, remarquable par le plan et la composition; Mathilde, où l'on admire trois caractères tracés avec une grande supériorité; enfin Elisabeth, où l'on retrouve d'un bout à l'autre la vive peinture des plus tendres et des plus vertueuses

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affections de l'homme. D'autres écrivains ont mieux connu que madame Coitin le monde et ses ridicules, mais personne n'est allé plus avant dans les secrets du cour, et n'a rendu la passion avec plus de vérité. Dans les dernières années de sa vie, elle avait entrepris d'écrire un livre sur la religion chrétienne, prouvée par les sentiments; elle avait aussi commencé un roman sur l'éducation, dont elle n'avait fait

que

les deux premiers volumes. Une maladie cruelle la surprit au milieu dé ce dernier travail, dont elle attendait, disait-elle, la seule gloire qu'une femme pût désirer. Après trois mois de souffrances, elle mourut dans les bras de l'amitié, et au milieu des consolations de la religion.

Liaisons dangereuses. M. Chanderlos de Laclos, officier d'artillerie, homme d'esprit, et auteur de quelques jolies pieces de vers insérées dans les journaux, et de ce roman trop fameux, paraît avoir voulu renchérir sur le Versac des Egarements, de Crébillur, et sur le Lovelace de Richardson. Son héros, M. de Valmont, est beaucoup plus rasiné

le

que premier, et beaucoup plus atroce que le second; et ce n'est pas peu dire. Un des plus grands défauts de ces sortes de romans, c'est de donner pour les Mours du Siècle, ce qui n'est au fond

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