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» Ce Figaro, quoique aventurier connu à la police de Séville, et pas plus délicat en pro» cédés que ne doit l'être un intrigant de profes»sion, ne fait pourtant rien qu'on puisse appeler » proprement une méchante action. Il trouve » tous les moyens bons pour enlever Rosine à son » tuteur; mais c'est pour la marier au comte » Almaviva. Il joue cent mauvais tours à ce » seigneur, redevenu son maître; mais c'est

pour » défendre sa fiancée, que ce maitre veut enlever » à son valet. Enfin, il joue le beau rôle dans le » dernier drame, où il parvient à démasquer et » éconduire l'autre Tartufe. Il a toujours plus

d'esprit que tout ce qui l'entoure, sans aucune » exception; il fait la leçon à tout le monde, en » politique, en morale, en intrigue; il est bon » fils , bon mari, bon serviteur ; et en se compa» rant au comte, qu'il trouve bien hardi d'oser » se jouer à lui, il l'apostrophe ainsi dans ce » monologue si singulier à tant d'égards : « Parce » que vous êtes un grand seigneur, vous vous » croyez un grand génie. Noblesse, fortune, un » rang, des places, tout cela rend si fier! Qu'a» vez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous v êtes donné la peine de naître ;.... tandis que » moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il » m'a fallu déployer plus de science et de calcul, pour subsister seulement, qu'on n'en » a mis depuis cent ans à gouverner toutes » les Espagnes ; et vous voulez jouter ........ » » L'hyperbole est forte, et l'auteur la mettait à » coup sûr sur le compte de la vanité comique » d'un valet; mais cette exclamation, tandis que » moi, morbleu i est bien évidemment celle de » l'amour-propre de Beaumarchais,

» Faut - il parler de Tarare, dit M. de La » Harpe? Comme opéra , ce n'est pas trop la

peine. C'est, je crois, le seul ouvrage sans es» prit qui soit sorti de la plume de Beaumarchais. » Législateur dans sa préface, comme de cou» tume, il donne son Tarare comme l'espai d'un » nouveau systéme de mélodrame, qui doit per» fectionner la musique théâtrale et bamir l'en» nui de l'opéra. Toutes ces promesses étaient » magnifiques; et le nom de Tarare, si connu >> par

le conte d'Hamilton, promettait du singulier, et excitait une curiosité et une attente » que la pièce ne soutint pas, La fable, tirée » d'un conte oriental, et bonne tout au plus » pour

les Mille et une Nuits, n'est qu'extra» vagante sur la scène, et la versification est » l'amalgame le plus hétéroclile de la platitude » et du phébus. Ce qui est neuf, sans contredit, » c'est la grande idée philosophique qui colm

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» ronne l'ouvrage (à ce que dit la préface ), et » qui même l'a fait naître, c'est l’inexplicable

prologue où elle est exécutée. Tarare est de » 1787, deux ans avant la révolution : il

у est » fort question de la touchante égalité, de » l'accord politique entre les brames et les » soudans, ete. Sans la date , il y aurait belle » matière à rire, surtout du prologue, qui est » vraiment une euvre de démence. Mais , sous » ce rapport, la philosophie du dix-huitièmo » siècle le réclame à juste titre; et c'est là que » nous verrons comment elle est parvenue à faire » éclore du cerveau d'un homme de beaucoup

d'esprit, ce qu'on croirait n'avoir jamais pu » sortir

que

de la tête d'un fou.')).

»

LE MARQUIS DE BIÈVRE.

Les comédies de Beaumarchais sont remplies de sarcasmes les plus amers contre le gouvernement et les prêtres. Le Séducteur, par M. de Bièvre, fait entrevoir il est vrai, quelques eritiques contre les nouveaux philosophes ; mais cette pièce, comme celles de Beaumarchais offre des situations et des scènes qui auraient dů l'exclure du théâtre.

L'auteur du Séducteur, connu dans presque

la cour.

toute l'Europe par ses calembours et ses bons mots, était homme d'esprit, homme du monde, et de fort bonne société. Le Séducteur fut donné pour la première fois au théâtre de la cour à Fontainebleau , en 1787; et l'infortuné Louis XVI disait que tout père de famille devait défendre sa porte à l'auteur. Cependant elle a été bien reçue sur le théâtre de Paris ; ce qui marque, comme dit M. de La Harpe, que le public était moins scrupuleux que

» La versification mérite de l'estime à quel» ques égards; le drame n'en mérite aucune; il » est mal conçu et mal composé; ce n'est autre » chose qu'une mauvaise copie du Lovelace de >> Richardson et du Cléon de Gresset. C'est » d'après ce dernier que le marquis (le Séduc» teur) rompt le mariage du jeune d'Armance » avec Rosalie; mais ce qui est fort bien arrangé » dans le Méchant, ce qui même, comme on la » vu, en est la partie vraiment comique, est ici » dans l'avant-scene; et les effets que

l'auteur a » voulu en tirer, sont invraisemblables......

» L'auteur a confondu un séducteur avec un » homme à bonnes fortunes; cela est très diffé» rent , et même incompatible dans une même * action, dans un même sujet. Les conquêtes de » l'homme à bonnes fortunes sont des femmes

» que

l'on n'a pas besoin de séduire......... Un » séducteur est tout autre chose : c'est à un seul » objet qu'il en veut, soit par intérêt, soit par » vanité; et pour subjuguer ou l'innocence d'une » fille, ou l'honnêteté d'une femme, il faut qu'il » joue un rôle, celui d'homme passionné ; il faut » qu'il cesse un moment d'être libertin pour de» venir hypocrite. Il ne peut vaincre qu'en per» suadant qu'il aime ; ce qui est la première de » toutes les séductions, et même la seule auprès » du sexe, quand il ne cède encore qu'à son » coeur, et n'est pas abandonné au vice. Cette » vérité d'expérience n'a jamais échappé aux » romanciers : voyez Lovelace, dans le roman » très moral de Clarisse ; Valmont, dans les » Liaisons dangereuses , qui n'en sont qu'une » très scandaleuse copie. Ces deux monstres se » font long-temps le pénible effort de contrefaire -» la vertu, pour la tromper et la corrompre. » C'est donc une inconséquence impardonnable » de nous montrer un séducteur qui s'amuse à » une double intrigue de galanterie dans une » maison dont il veut épouser la fille, et au » moment même où il projette d'enlever cette » fille , en feignant une passion assez forte pour » égarer son innocente jeunesse. Cette faute est

capitale ; et si vous y joignez tant d'autres in

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