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étonné, en voyant M. de La Harpe consacrer presque la moitié d'un volume à l'histoire de Beaumarchais, et se donner tant de peine en essayant d'effacer les préventions défavorables que le monde en général avait conçues contre lui. Sans vouloir approfondir les motifs qui ont engagé M. de La Harpe à se faire l'apologiste de Beaumarchais, je ferai quelques extraits de son récit, mais dégagés des matières de différents procès qu'eut Beaumarchais, choses peu importantes aujourd'hui, et surtout pour un étranger. On trouvera dans ce récit des circonstances intéressantes par leur rapport avec l'histoire du temps. M. de La Harpe, lui-même, a été témoin des événements dont il parle; il y jouait même, jusqu'à un certain degré, le rôle d'acteur. On peut dire avec justice qu'il fallait et le relâchement des mæurs d'alors, et le de respect qu'on portait à la religion et au gouvernement, pour qu'un homme tel que Beaumarchais, eût de l'influence dans les affaires, et eût contribué, comme il l'a fait, et par ses écrits et par ses intrigues, à augmenter le désordre, et à coopérer au renversement du trône et de l'autel.

Fils d'un horloger de Paris, il naquit dans cette ville en 1732, et y mourut en 1799. Il suivit pendant quelques années le métier de son père;

peu de

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» répéter à bien des gens qui ne se croyaient pas

» du tout méchants, qu’un M. de Beaumarp» chais, dont on parlait beaucoup, s'était en» richi en se défaisant successivement de deux » femmes qui l'avaient avantagé. Il y a de quoi » frémir, si l'on fait réflexion que c'est pourtant » là ce qu'on appelle tout uniment de la médi» sance, tandis qu'il n'y avait pas même le plus » léger prétexte à une si horrible diffamation..... » Je me rappelle bien de n'y avoir jamais cru;

Tuand je vis l'homme, au bout de quelnées, je disais comme Voltaire quand mémoires : Ce Beaumarchais n'est empoison il est trop drôle; et

ne pouvait savoir : Il es

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quées; possédât supérieurement l'esprit de cal» cul et de négoce, fùt en état de s'ouvrir le cabinet » des ministres sans autre intrigue que la

per» suasion, et prît enfin sur lui d'approvisionner » les Américains insurgents, précisément dans le » même temps qu'il faisait les Noces de Figaro.

» Ses pièces de théâtre, travaillées tout à loi» sir, prouvent que naturellement son goût n'é» tait ni sûr, ni cultivé: les fautes y sont beaucoup » plus marquées que dans ses mémoires, et l'on » voit que ses défauts font partie de sa manière. » Cette manière même n'est à lui que parce » qu'elle est évidemment de son esprit et de son » humeur, sans quoi l'on pourrait la mettre en » partie sur le compte de l'imitation ....

» Quand il s'essaya au théâtre, il suivit d'abord » ses prétentions plus que ses goûts : fait pour » réussir dans l'imbroglio comique, il avait tenté

genre sérieux (1); il y était resté dans la mé» diocrité la plus vulgaire; et quand il voulut y » revenir sur la fin de sa vie, il fut bien au-dessous » du médiocre (2), et, ce qu'il n'avait jamais été, » ennuyeux.

» Cette gloire du barreau, qui vint le chercher

» le

(1) Dans Eugénie et les Deux Amis. (2) Dans la Mère coupable.

» sans qu'il y pensât, et la fortune inouie de son » Figaro, lui coutèrent tout ce qu'elles pouvaient » valoir; et l'on pourrait dire au-delà, s'il eût été » en lui de sentir le chagrin plus long-temps que » le mal; mais son heureux caractère et la vigueur » de son temperament le rendirent capable de » résister à tout, même à la révolution; et, cette » dernière époque exceptée, il eut toujours de » grands dédommagements. Lorsqu'il eut été » blámé par ce même parlement, qui en même » temps se contentait de chasser son adversaire, » reconnu faussaire et calomniateur, ce moment » fut celui de sa vie qui eut le plus d'éclat, et qui

fut le moins obscurci. Le feu prince de Conti, » son protecteur déclaré, vint le prendre chez » lui, et l'amena dans son palais, le présentant à » toute sa cour comme une victime de l'iniquité. » Cela était vrai; mais tant d'honneurs étaient-ils » tout entiers pour l'innocence? Ne faisons les » hommes ni meilleurs, ni pires qu'ils ne sont, » malgré la philosophie du siècle, qui n'a pas fait » autre chose. Le prince de Conti fit une belle » áction, en appuyant de toute l'autorité de son » rang l'opinion publique, qui s'élevait contre la » puissance injuste; et Paris, qui, dans le bien » comme dans le mal, n'a jamais besoin que

de » guides, suivit en foule le prince de Conti, et

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