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de succès, sont : le Médisant, le Philosophe marié, le Dissipateur, la Fausse Agnès et le Glorieux. A l'occasion de cette dernière pièce Voltaire lui écrivit:

Auteur solide, ingénieux,
Qui du théâtre êtes le maître,
Vous qui fites le Glorieux,
Il ne tiendrait qu'à vous de l'être.

« Les vrais titres de la gloire de Destouches, » ce sont les deux comédies du Philosophe ma» rié et du Glorieux. Caractères, action, style, » tout approche de la perfection dans la pre» mière de ces deux pièces, qui réunit un excel» lent comique à beaucoup de vérité. De judi» cieux critiques ont mis cet ouvrage à côté des » bonnes comédies de Molière. Le mariage de » l'auteur en est le sujet. Il a peint sa femme dans » Mélite, sa belle-sœur dans Céliante, l'amant » de cette dernière, dans le rôle de Damon; dans » Lisimon, son père, et lui-même dans Ariste. » D'Alembert raconte que la belle-soeur s'em» pressa d'assister à la première représentation, » ne se doutant pas de l'honneur qu'elle avait » d'en être un des principaux personnages.

Le » portrait était si ressemblant, qu'elle s'y re» connut avec indignation ; elle fit des repro» ches sanglants à son beau-frère, qui se ý fendit avec l'embarras d'un coupable. Elle » craignit cependant de pousser plus loin sa co» lère, de peur de fournir le modèle d'une nou» velle scène à un peintre trop fidèle, et par con» séquent un peu dangereux.

» Le Glorieux n'eut pas un succes moins » brillant, ni moins soutenu..... Le comique de » cette pièce est noble et vigoureux en même » temps, et le pathétique du dénoûment en » complète très naturellement l'effet. Il n'y a » pas de plus beaux vers de situation que ceux » que le père adresse à son fils :

J'entends ; la vanité me déclare à genoux
Qu'un père infortuné n'est pas digne de vous.

» On a regardé aussi comme un de ces traits $) qui n'appartiennent qu'à des grands maîtres , » l'idée d'avoir caché, sous le personnage d'une » femme-de-chambre, la sæur du Glorieux (1).»

Dans son opéra des Amours de Ragonde, il existe un monologue que le public a chanté très long-temps:

Jamais la nuit ne fut si noire;
Mais son obscurité favorise mes væus, etc.

(1) Annales poétiques

Mais l'opéra est oublié complètement.

D'Alembert a donné un parallèle de lui et de Dufresny, qui mérite d'être lu.

PIRON.

Alexis Piron naquit à Dijon, en 1689, et mourut à Paris en 1773.

La Métromanie de Piron est regardée comme une des meilleures comédies du théâtre français. Elle est pleine de traits piquants, d'esprit et de gaîté. Cette pièce a eu l'avantage, pour l'auteur, de lui fournir les moyens de manifester son génie pour la poésie la plus élevée, dans le rôle du Métromane. Il y a des circonstances qui donnent seules à un auteur l'occasion de développer ses talents. Une aventure ridicule, produite par les vers que fit Desforges-Maillard, sous le nom d'une jeune demoiselle (1), fit naître à Piron l'idée de la Metromanie. Il en fit un chef-d'oeuvre dramatique. Sans cette aven

(1) M. Desforges - Maillard , dont on a deux volumes de poésies, donnait dans le Mercure plusieurs petites pièces, sous le nom de Mlle. Malcrais de la Vigne; et le lecteur les trouvait charmantes, parce qu'on les croyait l'ouvrage d'une jeune demoiselle, dont plusieurs gens de lettres étaient devenus

amoureux.

ture, Piron, réduit à ses autres ouvrages, n'était qu’un auteur médiocre.

Il y a encore de Piron deux autres comédies, l'Ecole des Pères et l'Amant mystérieux , et trois tragédies, Calis!hène, Fernand Cortez , et Gustave; la dernière est restée au théâtre, les autres sont oubliées.

Personne ne posséda plus que lui l'art de la conversation et l'esprit de repartie. Toujours neuf, toujours original , toujours piquant, ne le devinait pas; et aucun n'a fourni plus de saillies , et surtout de saillies épigrammatiques. Nous en citerons quelques-unes qui le feront connaître.

Voltaire le haïssait et le craignait; et Piron n'aimait pas davantage Voltaire. Après la première représentation de Semiramis, qui avait été assez mal accueillie, Voltaire trouvant Piron dans le foyer, lui demanda ce qu'il pensait de sa pièce : « Je pense , dit-il, que vous voudriez » bien que je l'eusse faite. » Dans une autre occasion, il accusa Piron d'avoir sifflé une de ses pièces; celui-ci lui répondit: « On ne siffle pas, » Monsieur, quand on baille. » — Dans le temps des disputes du jansenisme, un évêque lui demandą s'il avait lu son mandement ? « Non, » monseigneur : et vous ? »

Je pourrais citer un nombre d'autres saillies de Piron, du même genre, et toutes aussi piquantes, mais toutes très connues. Cette causticité, comme cela ne manque pas d'arriver, lui fit beaucoup d'ennemis, et elle a peut-être été la cause principale de son exclusion de l'Académie française; honneur qu'il avait toujours ambitionné. Quoique la majorité des membres désirassent de l'admettre dans ce corps, d'autres intriguèrent si bien, que son élection ne put avoir lieu qu'en 1753. Il fut alors désigné pour remplir la place vacante par la mort de l'archevêque de Sens. Montesquieu, qui se trouvait dans ce moment directeur de l'académie, ayant reçu l'ordre de se rendre à Versailles , le roi lui dit qu'il ne voulait pas que Piron fùt reçu. A cette occasion, M. de Buffon eut la générosité de ne pas se présenter, disant qu'il ne voulait pas profiter de la disgrâce d'un homme qui avait des droits à l'académie , antérieurs aux siens; mais le roi persista. La raison qu'on employait auprès du roi, pour son exclusion, était une ode fameuse et immorale qu'il avait composée dans sa jeunesse. Montesquieu, dans une lettre à madame de Pompadour, dit :

« J'y rendis compte des ordres du roi; et » comme M. de Buffon avait prié ses amis de ne

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