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Il trouva bientôt quelqu'un qui accepta la geure, et gagna les cent louis. Cette aventure fournit à Le Sage une petite comédie qu'on trouve dans le Théâtre de la foire, intitulée, je crois, la Gageure, dans laquelle M. Pluvio tient toujours son parapluie étendu. Mais ce qu'il y de plus curieux dans cette pièce, c'est que M.de Voltaire, qui venait de publier le poëme de la Ligue, devenu depuis la Henriade, y paraît comme un jeune poète gonflé d'amour-propre.

а

CRÉBILLON.

Prosper Jolyot de Crébillon naquit à Dijon, en 1674, d'une ancienne famille de robe. Il fit ses études chez les jésuites à Dijon, fut reçu

à l'Académie française en 1731, et mourut en 1762, à l'âge de quatre-vingt-huit ans.

Après avoir fait son droit à Besançon, il fut reçu avocat au parlement. Mais son père l'ayant envoyé chez un procureur à Paris, le hasard fit que ce procureur, homme d'esprit, était amateur outré du théâtre. C'était aussi le goût de Crébillon; il s'enflamma par ses conversations avec le procureur, et, d'accord avec lui, il se dé voua entièrement aux travaux dramatiques.

« Les jésuites étaient dans l'usage de faire con» naître en bien ou en mal chacun de leurs éco» liers, en mettant sur leur liste, à côté de chaque » nom, l'épithète qui le caractérisait. Crébillon, » alors membre de l'Académie française, eut en» vie de connaître la qualification qu'on lui avait » donnée. Le père Oudin, sollicité

par

l'abbé » d'Olivet, consulta les registres du collége, et » trouva ces mots sous le nom de Prosper Jolyot » de Crébillon : Puer ingeniosus, sed insignis » nebulo : enfant plein d'esprit, mais franc »polisson. L'abbé d'Olivet lui lut tout haut, » dans une séance particulière de l'académie, cette » apostille, qui le fit rire aux éclats. Il fut si » charmé de cette découverte, qu'il la racontait » à tout venant....

» Il ne s'agit plus aujourd'hui d'assigner un » rang à Crébillon; on le compte immédiatement » après nos trois premiers tragiques (1). Ce juge» ment est sans appel; c'est aujourd'hui le tribu» nal de la postérité qui prononce, et ses rivaux » n'y opinent plus, car ils ont cessé de vivre » comme lui. On accuse Voltaire d'avoir cherché » à le déprimer clandestinement. Respectons ces » deux grands hommes ; et sans reprocher à Vol» taire des critiques qu'il n'a point avouées, re

(1) Corneille, Racine, Voltaire.

par ca

» mercions-le de l'hommage public qu'il a rendu » à son célèbre rival, quand il s'est écrié en pleine » académie : Je vois ce génie véritablement » tragique; je le regarde avec une satisfaction » mélée de douleur, comme on voit sur les » bris de sa patrie un héros qui l'a défendue.

» C'est surtout à Crébillon qu'on peut appli» quer cette maxime : que la vie d'un homme de » lettres est dans ses ouvrages. Insouciant » ractère, ennemi né de l'ambition, n'ayant pas » même l'impatience du génie, la fortune n'eut » en lui qu'un spectateur indifférent; la gloire >> même, qu'un amant infidèle (1). »

« Nous n'avons pas d'auteur tragique, dit Mon» tesquieu, qui donne à l'ame de plus grands

mouvements que Crébillon; qui nous remplisse » plus de la vapeur du dieu qui l'agite: il vous » fait entrer dans le transport des bacchantes. » On ne saurait juger son ouvrage, parce qu'il » commence par troubler cette partie de l'ame » qui réfléchit. C'est le véritable tragique de nos » jours, le seul qui sache bien exciter la vérita» ble passion de la tragédie, la terreur. » On pourrait croire que

la sévérité

que

M. de La Harpe a exercée contre Crébillon, dans l'exa

(1) Annales poétiques.

men de ses ouvrages, avait pour principe son admiration pour Voltaire, qui parait lui avoir inspiré un certain éloignement pour tous ses ri

vaux.

Quoique Crébillon semble avoir cherché et ait souvent réussi à peindre le terrible, cependant ceux qui l'ont connu m'ont assuré que personne n'était moins mélancolique que lui, et que, par sa gaîté, on l'aurait cru l'auteur des ouvrages de

son fils.

Les pièces les plus estimées de Crébillon sont Atrée, Électre, et Rhadamiste. Voltaire donna le même sujet qu'Électre, mais sous le titre d'Oreste. Lorsqu'il présenta cette pièce à Crém hillon, comme censeur des ouvrages dramatiques, il commença par s'excuser d'oser être son rival. Crébillon lui répondit avec beaucoup de douceur ; « J'ai été content de mon Électre, » et je souhaite que le frère vous fasse autant » d'honneur que la sæur m'en a fait. »

Crébillon avait un frère chartreux, homme d'esprit et de talent; et ses ennemis disaient que c'était le frère chartreux qui avait écrit les meilleures tragédies qui paraissaient sous son nom. Un jour à table, quelqu'un de la compagnie demandait à Crébillon quel était son meilleur ouvrage; il répondit en montrant son fils : « Tenez, voilà le plus mauvais ; » le fils répliqua étourdiment : « Il n'est peut-être pas plus de vous » que les autres. »

DESTOUCHES.

ces,

Philippe Néricault Destouches, d'une bonne famille originaire d’Amboise, naquit à Tours en 1680. Il fut élevé à Paris, entra au service militaire, mais le quitta pour entrer dans la carrière diplomatique. Il fut envoyé par le Régent, en 1717, avec l'abbé, depuis cardinal Dubois, en Angleterre, où il resta quelques années. Il s'y maria avec une demoiselle écossaise, nommée Johnston. Ayant rempli sa commission, il revint avec sa femme à Paris. Le Régent, content de ses servi

le mit à la tête du bureau des affaires étrangères, et il avait l'intention de le faire ministre de ce département; mais à la mort subite de ce prince, arrivée en décembre 1723, cette place fut donnée à un autre. Destouches alors se retira dans une terre qu'il avait achetée près de Melun. Il fut reçu à l'Académie française. Le cardinal de Fleury voulut ensuite l'employer; il offrit de l'envoyer ambassadeur à Pétersbourg, mais il s'excusa. Il continua de résider

presque

entièrement à sa campagne, où il mourut, en 1754.

Les comédies de cet auteur qui ont eu le plus

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