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fresny en avait communiqué le sujet à Regnard, lequel, en ayant senti l'importance, amusa son ami; profita de ses idées, en fit cette excellente comédie, et la donna au théâtre sous son nom. Dufresny donna ensuite le Chevalier Joueur, mais la pièce ne réussit pas.

» Un des meilleurs ouvrages de Dufresny est » celui qui a pour titre, les Amusements » rieux et comiques, et qui a dû donner à Mon» tesquieu l'idée des Lettres persảnes (1). Il en » existait une seconde partie; mais deux enfants » qu'il avait eus de son premier mariage, et qui » étaient des gens dévots, l'engagèrent à la brû» ler avec quatre ou cinq comédies, parmi les» quelles étaient le Superstitieux, en cinq actes, » et les Vapeurs, en un acte. Beaucoup de » scènes détachées, de canevas de pièces, de » réflexions écrites de sa main, eurent le même » sort (1).... »

LE SAGE.

»)

Alain-RénéLe Sage, naquit à Ruys en Bretagne,

(1) Je crois que les auteurs des Annales poétiques se trompent ici. On a toujours dit que c'étaient les lettres de l'Espion turc, par Marana , qui avaient donné à Montesquieu l'idée des

Lettres persanes.

(1) Annales poétiques.

en 1667, et mourut en 1647, à Boulogne, où il s'é tait retiré chez un de ses fils, qui y était chanoine.

Turcaret, et Crispin rival de son maitre, deux comédies en prose de cet auteur, sont conservées au théâtre, et on les voit avec plaisir. Cependant on pouvait attendre quelque chose de plus parfait de l'auteur de Gilblas.

« On reproche, dit M. de La Harpe, à cet ou» vrage (Turcaret) de trop mauvaises mæurs; » mais ceux qui, par cette raison, se sont crus » dispensés de l'estimer, ont été beaucoup trop » loin..... Il est reconnu que la comédie peut et

doit peindre le vice, mais particulièrement sous » le côté ridicule, afin d'en égayer la peinture. » Quand ce dessin est bien rempli, il en résulte » que le vice paraît méprisable sous tous les rap» ports, même sous ceux de l'amour-propre. On ».évite de cette manière ce qu'il pourrait avoir de » trop rebutant à la représentation, si on ne

le » montrait que dans sa laideur; et comment la » comédie pourrait-elle combattre les vices, s'il » lui était défendu de les étaler sur la scène ?.... » Le Sage est partout un écrivain très moral. » Les meurs de son Turcaret sont fort mauvai

ses; mais celles du Bourgeois Gentilhomme, » de Georges Dandin, du Légataire, le sont» elles mains ? Il est vrai que

Turcaret a cela de

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»

» particulier, que presque tous les personnages » sont plus ou moins fripons, excepté le mar» quis; encore peut-on croire que s'il ne l'est » pas, c'est parce qu'il est toujours ivre; mais » aussi tous inspirent plus ou moins de mépris.

» Turcaret est à-la-fois la satire la plus amère » et la plus gaie qu'on ait jamais faite; et c'est une » preuve que le meilleur cadre pour la satire est n la forme dramatique, non seulement parce que » le dialogue y met plus de variété, mais parce que "personne ne peut mieux parler contre le vice que

la conscience de l'homme vicieux, et parce que

le ridicule n'est jamais plus frappant que » lorsqu'il est en action. Il n'y a point de satire » qui puisse mieux faire connaître un homme de » l'espèce de Turcaret, que la scène qui se passe » entre lui et M. Raffle, son homme de confiance. » L'auteur de Turcaret sait humilier le vice, » rendre cette humiliation plaisante, et non pas » dégoûtante. Une revendeuse à la toilette, ma» dame Jacob, se trouve la seur du riche finan» cier Turcaret; mais la meilleure scène de la » pièce est celle où le marquis rencontre Turca» ret, qui a été laquais de son père, et retrouve » au doigt de la maîtresse du traitant une bague » qu'il avait mise en gage chez lui pour un prêt » usuraire. Le dialogue est aussi parfait que les » incidents sont heureux; chaque mot du mar

et

» quis est une saillie, chaque mot de Turcaret » est un trait de caractère. Ce rôle du marquis est » le meilleure modèle qu'il y ait au théâtre, de » ces libertins de bonne compagnie qui passaient » leur vie au cabaret, dans le temps où le cabaret » était de mode. Regnard les a peints les pre» miers : celui du Retour imprévu est certaine» ment l'original de celui de Turcaret; mais la » copie est fort au-dessus. Madame Turcaret, » qui vit à Valognes avec une pension de son » mari, et qui, à Paris, est une comtesse dont le » marquis a fait la conquête au bal; madame Ja» cob, qui, sous le masque de cette comtesse, » découvre sa belle-soeur, mademoiselle Brio» chais; Flamand le niais, à qui Turcaret donne » la place de capitaine-concierge de la porte de » Guibray, à la sollicitation de la baronne sa maîw tresse, et qui pour ne pas courir le risque d'ê» tre révoqué, vient, en lui faisant ses remercie» ments, la prier de mettre toujours de ce

beau » rouge; et Frontin , qui, après avoir escamoté » quarante mille francs à Turcaret, au moment » de sa déroute, dit en finissant la piece : Voilà

le règne de M. Turcaret fini, le mien va » commencer; tout cela n'est pas d'une vérité » absolument vulgaire, et la morale n'est pas

dé » pourvue de finesse.

» A l'égard de Crispin rival de son maitre,

» que

» dit encore M. de La Harpe, ce n'est qu'une » fourberie de valet déguisé qui veut escroquer » une dot. Le Sage n'a fait que mettre en scène » une des aventures de son roman de Gilblas. » Cet acte d'ailleurs ressemble à toutes ces pièces

l'on a nommées crispinades, où des on» cles, des tantes, des pères, des tuteurs, sont » imbécilles justement au point où il le faut, » pour être grossièrement dupés par des valets

impudents. Les Merlins, les Scapins, les Fron» tins, sont tous à peu près les mêmes, comme » les Gérontes, les Argantes et les Orgons, » comme les Valères et les Léandres : c'est le » même canevas retourné dans cinquante ou soi» xante petites pièces.... »

En 1725, année fort pluvieuse, et où l'on vit pour la dernière fois la fameuse procession de Ste-Geneviève, procession qui ne s'ordonnait que dans les grandes calamités, procession où tous les religieux de Paris devaient assister et marcher à pieds nus, un homme, plus riche que sensé, paria cent louis, au café de Procope, que puisqu'il avait plu le jour de St.-Médard, il pleuvrait encore quarante jours de suite, se fondant sur ce proverbe populaire,

Quand il pleut à la Saint-Médard,
Il pleut quarante jours plus tard.

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