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qu'on trouve dans les oeuvres de Regnard, est attribuée par quelques critiques à Dufresny. Quelqu'un ayant observé à Boileau

que

Regnard n'était qu'un auteur médiocre : Il n'est pas au moins, répondit-il, médiocrement gai. Il était beau dans Boileau de lui rendre cette justice, sachant qu'il avait écrit contre lui une satire amère, intitulée : Le Tombeau de Boileau Despréaux. Regnard a fait, dans la suite , amende honorable de cette satire, dans une épître dédicatoire des Ménechmes, qui est très belle.

Favori des Neuf Seurs, qui, sur le mont Parnasse,
De l'aveu d'Apollon, marches si près d'Horace;
O toi! qui, comme lui, maître en l'art des bons vers,
As joui de ton nom et mis l'envie aux fers,
Et qui , par un destin aussi noble que juste ,
Trouves pour bienfaiteur un prince tel qu'Auguste!
Ouvre une main facile ; accepte avec plaisir
Un poëme imparfait, enfant de mon loisir,
De tes traits éclatants admirateur fidèle ,
Ton style, en tous les temps, n'a servi de modèle;
Et si quelque bon vers par ma veine est produit,
De tes doctes leçons ce n'est que l'heureux fruit.
Toi-même as bien voulu, sensible à mes prières,
Sur cet ouvrage offert me prêter des lumières.
Ton applaudissement, que rien n'a suspendu ,
De celui du public m'a toujours répondu.
Qui peut mieux, en effet, dans le siècle où nous sommes,

Aux règles du bon goût assujettir les hommes ?
Qui connaît mieux que toi le cœur et ses travers ?
Le bon sens est toujours à son aise en tes vers;
Et, sous un art heureux découvrant la nature,
La vérité partout y brille toute pure.
Mais qui peut, comme toi, prendre un si noble essor,
Et de tous les métaux tirer des veines d'or?
Que d'auteurs, en suivant Despréaux et Pindare,
Se sont fait un destin commun avec Icare !
De tous ces beaux lauriers qu'ils ont cherchés en vain,
Je ne veux qu'une feuille offerte de ta main :
Si je l'ai méritée et que tu me la donnes,
Ce présent, sur mon front, vaudra mille couronnes;
Et pour disciple, enfin, si tu veux m'avouer,
C'est par cet endroit seul qu'on pourra me louer.

« Regnard, plus plaisant que comique, mais » assez comique pourtant pour être, dans ce » genre,

le premier poète d'une nation qui n'au» rait pas eu Molière, a laissé plusieurs pièces » qui contribueront toujours à la gloire du théâ» tre français. Son style vif, facile, ingénieux, et » le piquant de son dialogue, ajoutent à ses resw sources théâtrales; et quand sa verve ou la si» tuation comique est prête à l'abandonner, il » est secouru par un mot heureux, par une pi» quante saillie. Enfin, si avec la connaissance de » l'art dramatique; on lisait le théâtre de Regnard » avant de connaître l'auteur du Tartufe, on se» rait très étonné d'apprendre qu'il existe un poète » comique bien au-dessus de l'auteur du Joueuret » du Légataire. Il est certain que la distance qu'il » y a entre ces deux talents, est immense : mais » cette différence prouve, non pas la médiocrité » de Regnard, mais l'étonnante supériorité de » Molière; et si l'on doit féliciter la nation d'a» voir produit ce grand comique, on peut plain» dre Regnard d'avoir rencontré un rival si diffi» cile à égaler (1). »

« Les habitudes adoptées dans le monde, la » politesse que l'on voyait règner, le soin que » prenaient les personnes bien élevées d'éviter » les ridicules; l'absence, ou du moins la dissimu» lation de quelques vices difformes, sont l'ou” vrage de Molière. La langue française ne lui

pas moins. Ce grand homme mérita donc, ») sous tous les rapports, cet éloge du père Bou» hours :

» doit

Tu reformas et la cour et la ville, etc.

» Regnard, qui fut le successeur de Molière, » l'égala quelquefois dans la gaîté du style. On » remarque même dans cet auteur des alliances » de mots comiques, que l'auteur du Misan,

(1) Annales poétiques.

» trope n'a pas connues. Mais quelle différence » entre Molière et Regnard, pour la conception » des pièces, pour les vues morales, et pour le » fonds des idées ! Molière ne doit jamais ses plai» santeries à un bon mot isolé; il les puise dans » son sujet; elles naissent de la situation, et leur » effet est toujours sûr. Regnard, au contraire, » s'abandonne à sa gaîté naturelle, et il place les » mots plaisants , sans faire une distinction tou» jours juste de leur convenanee. Il fait rire, mais » il ne satisfait point l'esprit autant que son maî» tre. Le caractère des deux auteurs explique » cette différence. Molière était profond observa» teur, et par conséquent triste dans le monde; » son temperament était bilieux, son esprit iras» cible. Regnard était épicurien; il ne voyait que » des plaisanteries à faire sur les travers de la so» ciété; il saisissait plutôt le côté bouffon que » le côté ridicule d'un personnage. De-là ses rô» les un peu chargés, et le défaut absolu de cette » énergie qu'avait Molière (1). »

DUFRESNY.

Charles Rivière Dufresny naquit à Paris, en

(1) Essai qui précède la Grammaire de Port-Royal, nouvelle édition.

16/18. Il passait pour être le petit-fils d'Henri IV, et on disait qu'il lui ressemblait. Son grand-père était fils d'une jardinière d’Anet, qu'on appelait la belle jardinière, pour laquelle il paraît certain qu'Henri IV avait eu de l'inclination. Louis XIV n'ignorait pas celte anecdote; et c'était, dit-on, l'une des causes de son penchant pour Dufresny. Il le fit l'un de ses premiers valets-de-chambre, contrôleur des jardins, et lui accorda plusieurs autres grâces; mais étant prodigue à l'excès, il se trouvait souvent obligé de recourir aux expédients. Dans le moment d'un extrême besoin, il présenta un placet au régent, qui ordonna au contrôleur-général Law de lui payer deux cent mille francs. Il mourut en 1724, à soixante

seize ans.

Il a écrit plusieurs pièces qui sont restées au théâtre, et qui méritent d'être conservées, telles, par exemple, que la Réconciliation normande, l'Esprit de Contradiction, le Mariage fait et rompu, la Coquette de Village , le Dépit, le Double Veuvage, et le Lot supposé. Voltaire a observé qu'il n'y avait pas une pièce de Dufresny qui ne renfermât des scènes très agréables.

On prétend que Dufresny travailla quelquefois en société avec Regnard, et qu'ils se brouillèrent à l'occasion du Joueur. On disait

que

Du

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