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» sotin , elle est bien éloignée de pouvoir perdre » aujourd'hui de son mérite. Les lecteurs de » société retracent souvent la scène de Molière, » avec la différence que les auteurs ne s'y disent » pas d'injures , et ne se donnent pas des rendez» vous chez Barbin : ils sont aujourd'hui plus fins » et plus polis, et en savent beaucoup davantage. » Oublierons - nous ,

dans les Femmes sa» vantes, un de ces traits qui confondent ? C'est » le mot de Vadius , qui, après avoir parlé » comme un sage sur la manie de lire ses vers, » met gravement la main à la poche, en tire » le cahier , qui probablement ne le quitte ja » mais : Voici de petits vers.... C'est un de ces » endroits où l'acclamation est universelle ; j'ai » vu des spectateurs saisis d'une surprise réelle : » ils avaient pris Vadius pour le sage de la pièce.

» Ces sortes de méprises sont ordinairement » des triomphes pour l'auteur comique; ce fut » pourtant une méprise semblable qui contri» bua beaucoup à faire tomber le Misantrope. » Il est dangereux, en tout genre,

d'être trop » au-dessus de ses juges. On n'en savait pas » encore assez pour trouver le sonnet d'Oronte » mauvais : ce sonnet d'ailleurs est fait avec » tant d'art, il ressemble si fort à ce qu'on ap» pelle de l'esprit, il réussirait tant aujourd'hui

» que

presque autant

pour faire

» dans des soupers qu'on appelle charmants,

trouve le parterre excusable de s'y » être trompé. Mais s'il avait été assez raison» nable pour en savoir gré à l'auteur, je l'ad» mirerais

que

Molière. » Cette injustice nous valut le Médecin mal» gré lui. Molière, tu riais bien, je crois, au » fond de ton ame, d'être obligé de faire une » bonne farce

passer un chef-d'oeuvre. » Te serais-tu attendu à trouver de nos jours » un censeur rigoureux, qui reproche amère» ment à ton Misantrope de faire rire ? Il ne » voit pas que le prodige de ton art est d'avoir » montré le Misantrope de manière qu'il n'y » a personne, excepté le méchant, qui ne voulût » être Alceste avec ses ridicules. Tu honorais » la vertu, en lui donnant une leçon; et Mon» tausier (1) a répondu, il y a long-temps,

à » l'orateur génevois.

» Est-il vrai qu'il ait fallu que tu fisse l'apo» logie du Tartufe? Quoi! dans le moment où » tu t'élevais au-dessus de ton art et de toi» même , au lieu de trouver des récompenses, » tu as rencontré la persécution! A-t-on bien » compris, même de nos jours, ce qu'il t'a fallu

(1) Le duc de Montausier, homme d'une vertu exemplaire.

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» de courage et de génie pour concevoir le plan » de cet ouvrage, et l'exécuter dans un temps » où le faux zèle était si puissant, et savait si » bien prendre les couleurs de la religion qui le » désavoue ? C'est dans ce temps que tu as en» trepris de porter un coup mortel à l'hypo» crisie, qui, en effet, ne s'en est pas relevée : » c'est un vice dont l'extérieur au moins a depuis » passé de mode; mais il a été remplacé par l'hyv pocrisie de morale, de sensibilité, de philo» sophie, qui elle-même a fait place à l'impu»dence révolutionnaire.

» Qui est-ce qui égale Racine dans l'art de pein» dre l'amour? C'est Molière, dans la proportion » que comporte la différence absolue des deux » genres. Voyez les scènes des amants dans le

Dépit amoureux , premier élan de son génie; » dans le Misantrope, entendez Alceste s'é» crier, ah! traîtresse! quand il ne croit pas un » mot de toutes les protestations d'amour que lui » fait Célimène, et que pourtant il est enchanté » qu'elle les lui fasse; dans le Tartufe, relisez » toute cette admirable scène, où deux amants » viennent de se raccommoder, et où l'un des » deux, après la paix faite et scellée, dit pour pre» mière parole:

Ah! ça, n'ai-je pas lieu de me plaindre de vous ?

» Revoyez cent traits de cette force; et si vous » avez aimé, vous tomberez aux genonx de Mo» lière, et vous répéterez ce mot de Sady: Voilà » celui qui sait comme on aime.

» Qui est-ce qui égale Racine dans le dialogue? Qui est-ce qui a un aussi grand nombre » de ces vers pleins, de ces vers nés, qui n'ont » pas pu être autrement qu'ils ne sont, qu'on re» tient dès qu'on les entend, et que le lecteur » croit avoir faits ? C'est encore Molière. Quelle » foule de vers charmants! quelle facilité! quelle » énergie! surtout quel naturel! Ne cessons de le » dire : le naturel est le charme le plus sûr et le » plus durable; c'est lui qui les fait aimer; c'est » le naturel qui rend les écrits des anciens si pré» cieux , parce que, maniant un idiôme plus heu» reux que le nôtre, ils sentaient moins le besoin » de l'esprit; c'est le naturel qui distingue le plus » les grands écrivains , parce qu'un des caractères » du génie est de produire sans effort; c'est le » naturel qui a mis La Fontaine, qui n'inventa » rien, à côté des génies inventeurs; enfin, c'est » le naturel qui fait que les Lettres d'une mère » à sa fille sont quelque chose, et que celles de » Balzac, de Voiture, et la déclamation et l'affec» tation en tout genre, sont, comme dit Sosie, » rien ou peu de chose.

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» Les Crispins de Regnard, les Paysans de » Dancourt, font rire au théâtre; Dufresny, » étincelle d'esprit dans sa tournure originale; le » Joueur et le Légataire sont d'excellentes co» médies; le Glorieux, la Métromanie et le » Méchant, ont des beautés d'un autre ordre. » Mais rien de tout cela n'est Molière; il a un » trait de physionomie qu'on n'attrape point : » on le retrouve jusque dans ses moindres farces, » qui ont toujours un fond de vérité et de mo» rale. Il plaît autant à la lecture qu'à la représen» tation; ce qui n'est arrivé qu'à Racine et à lui: » et même, de toutes les comédies, celles de Mo» lière sont à peu près les seules que l'on aime à » relire. Plus on connaît Molière, plus on l'aime; » plus on étudie Molière, plus on l'admire. Après » l'avoir blâmé sur quelques articles, on finit par » être de son avis : c'est qu'alors on en sait da» vantage. (1) »

Il serait inutile d'entrer dans un plus grand détail sur les différentes pièces de Molière : on sait les meilleures par coeur. Les plus remarquables sont les Précieuses ridicules, l'Ecole des Femmes, le Misantrope, Amphytrion, le Tartufe,t Avare, les Femmes savantes, et le

(1) Cours de Littérature , par M. de La Harpe.

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