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jésuites. Les belles - lettres ornèrent son esprit, et les préceptes du philosophe Gassendi formèrent sa raison; mais il prit un goût insurmontable

pour le théâtre. Son père étant devenu vieux et infirme, le jeune Poquelin se trouvait alors obligé de remplir sa charge auprès du roi. Corneille avait déjà restauré, ou plutôt créé la tragédie en France ; le partage de Thalie était réservé au jeune Poquelin. Entraîné par son penchant, il quitta l'emploi de valet-dechambre, et changea son nom de Poquelin pour celui de Molière. Il s'associa avec un acteur nommé Béjart; et, de concert avec lui, ils formerent une troupe qui représenta à Lyon, en 1653, la comédie de l'Etourdi , pour la première fois. Molière alla ensuite , avec sa troupe, à Beziers. Devenu célèbre comme auteur, plus que comme comédien, il se rendit à Paris. Louis XIV lui donna une pension de mille livres, et à sa troupe, le nom et les privileges de comédiens ordinaires du roi. S'étant cassé une veine dans la poitrine, en jouant à la première représentation du Malade imaginaire , il mourut quelques heures après, le 10 février 1673.

L'archevêque de Paris refusa de lui accorder la sépulture, en objectant son état de comé

!

dien; mais le roi étant intervenu, ce prélat cote sentit enfin à ce qu'il fùt enterré à Saint-Joseph. C'est au refus de l'archevêque que se rapportent ces vers de Boileau :

Avant qu'un peu de terre, obtenu par prière,
Pour jamais sous la tombe eût enfermé Molière, etc.

Molière était généreux et bienfaisant. Il aimait éperdûment sa femme, qui était indigne de son affection; mais son empire était tel , disait-on, qu'elle lui faisait croire qu'il n'avait pas vu ce qu'il avait vu ; et il finissait par lui demander, pardon à genoux. Il jouissait de plus de trente mille livres de revenu, qui équivaudraient au moins à soixante mille de notre temps ; et il en faisait le plus noble usage. « Les » traits qui font connaître le caractère noble et » généreux de Molière, lui font encore plus » d'honneur que ses ouvrages. Le génie est à >> l'ame ce que la beauté est au corps; il rend la » vertu plus belle, mais il ne peut en tenir lieu.

» Ce que j'admire surtout dans le siècle de » Louis XIV, c'est cette réunion si précieuse » de vertus et de talents. Vous ne pouvez pas » citer un grand homme dans les lettres, à cette » époque, qui ne soit en même temps un hon» nête homme : Corneille, Racine, Boileau,

La

» Fontaine, La Bruyère, Pascal , Bossuet, Fé» nélon, Fléchier, Bourdaloue, sont aussi re» commandables par leurs moeurs et leurs sen» timents, que par leurs écrits. Je ne sais même » si une ame avilie par la cupidité et l'intrigue, » dégradée par le lâche égoïsme, par la basse et » sotte vanité, peut jamais atteindre jusqu'au » sublime. Un ambitieux, un intrigant littéraire, » un dangereux novateur, un charlatan qui flatte » et trompe son siècle, peut avoir des qualités » brillantes'; il peut éblouir; mais il ne peut ar» river dans aucun genre à la perfection de son » art : le clinquant domine dans ses productions, » le faux y perce de toutes parts ; il séduit et » subjugue le vulgaire ; il charme les esprits » frivoles et les ceurs corrompus, mais il ne » soutient pas l'examen sévère de la raison; une » ame noble est le seul sanctuaire que le véri» table génie daigne habiter (1). »

Molière donna un jour , par distraetion, un louis à un pauvre qui le lui rapporta, en lui disant : « Monsieur n'a pas sans doute eu l'in» tention de me donner un louis? » Moliere dit á un de ses amis, qui était présent : « Où la vertu » va-t-elle se nicher ! » Il laissa au pauvre ce que

(1) Journal des Débats.

la fortune lui avait donné, et lui donna une seconde pièce d'or.

C'est Molière qui a peint le premier, sur le théâtre comique en France, avec un art parfait, le caractère des hommes dans toutes les classes. Il les avait étudiés et dans le monde, et dans la source intarissable du coeur humain. C'est lui qui a le premier corrigé l'affectation, l'orgueil, le pédantisme, le mauvais goût, l'hypocrisie, enfin, les travers et les vices, en les exposant au ridicule.

Moliere est, de tous ceux qui ont jamais écrit, celui qui a le mieux observé l'homme, sans annoncer qu'il l'observait..... Quand on lit ses pièces avec réflexion, ce n'est pas de l'auteur qu'on est étonné, c'est de soi-même...

« Eh ! qui t'avait appris cet art, homme di» vin ? T'es - tu servi de Térence et d’Aristo» phane, comme Racine se servait d’Euripide; » Corneille , de Guillin de Castro, de Calderon » et de Lucain ; Boileau, de Juvenal, de Perse » et d'Horace ? Les anciens et les modernes » l'ont-ils fourni beaucoup ? Il est vrai que

les » canevas italiens et les romans espagnols t'ont » guidé dans l'intrigue de tes premières pièces; » que, dans ton excellente farce de Scapin, tu » as pris à Cyrano le seul trait comique qui se » trouve chez lui; que, dans le Tartufe, tu as » mis à profit un passage de Scarron ; que l'idée

principale du sujet de l'Ecole des Femmes , » est tirée aussi d'une Nouvelle du même au» teur; que, dans le Misantrope, tu as traduit » une douzaine de vers de Lucrèce ; mais toutes » tes grandes productions t'appartiennent, et » surtout l'esprit général qui les distingue n'est

qu’à toi. N'est-ce pas toi qui as inventé ce » sublime Misantrope, le Tartufe, les Femmes » savantes, et même l’Ayare , malgré quelques » traits de Plaute que tu as tant surpassé ? Quel » chef-d'oeuvre que cette dernière pièce ! Chaque

scène est une situation ; et l'on a entendu » dire à un avare de bonne foi, qu'il y avait » beaucoup à profiter dans cet ouvrage, et qu'on » en pouvait tirer d'excellents principes d’éco» nomie.

» Et les Femmes savantes ? Quelle prodi» gieuse création ! quelle richesse d'idées sur » un fonds qui paraissait si stérile ! quelle va» riété de caractères ! Qu'est-ce qu'on mettra au» dessus du bon homme Chrysale, qui ne per» met à Plutarque d'être chez lui que pour gar» der ses rabats ? Et cette charmante Martine, » qui ne dit pas un mot dans son patois qui ne » soit plein de sens? Quant à la lecture de Tris

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