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» en fut charmée; et sa modestie ne put l'em» pêcher de trouver dans le caractère d'Esther, » et dans quelques circonstances de ce sujet, » des choses flatteuses pour elle. La Vasthi » avait ses applications, Aman ses traits de res» semblance ; et indépendamment de ces idées , » l'histoire d'Esther convenait parfaitement à » Saint-Cyr. »

La première représentation fut donnée le 3 février 1689, au couvent de Saint-Cyr. « On » n'y admit que les principaux officiers , qui » suivaient le roi à la chasse. Louis XIV, à >> son souper, ne parla que d'Esther; Monsei» gneur, Monsieur , tous les princes deman» dèrent à la voir; les applaudissements redou» blerent.

» La prière d'Esther enleva tout le monde ; » tout en parut beau , grand, traité avec di» gnité.

» La troisième représentation fut consacrée » aux personnes pieuses, telles que le père de » La Chaise, quelques évêques, et douze ou » quinze jésuites , auxquels se joignirent ma» dame de Miramion, et ses plus distinguées » religieuses. Madame de Maintenon voulait » se rassurer sur les scrupules qu'elle prévoyait. » Aujourd'hui, leur dit-elle, on ne jouera que

» pourles saints. Les saints applaudirentcomme » les autres, et souhaitèrent que toutes les tra» gédies ressemblassent à Esther.

» Le roi y mena ensuite les courtisans ; ils » admirèrent de bonne foi. Madame de Main» tenon était importunée de tous côtés. Il у

avait plus de deux mille aspirants , et il n'y w avait

que deux cents places. Le roi faisait une » Jiste comme pour

les

voyages de Marly. Il » entrait le premier; et se tenant à la porte,

la » feuille dans une main, la canne levée dans » l'autre, en forme de barrière, il y restait jus» qu'à ce que tous les nommés fussent entrés.

» Le roi et la reine d'Angleterre voulurent » voir la pièce nouvelle. Le spectacle fut encore

plus beau : les actrices couvertes de pierreries, » l'orchestre formé des meilleurs musiciens du >> roi.

» Madame de Montespan et Louvois se trou» vant sous les noms de Vasthi et d'Aman » rougissaient et battaient des mains; le roi et » la reine d’Angleterre étaient ravis qu'on re» présentât le pape, qui avait contribué à les » détrôner, comme aveuglé par l'enfer même; » Louis XIV, un peu confus des grands éloges » que la piété faisait de lui, était charmé de se » reconnaître dans la fierté d'un roi persan,

dans

» En

» son amour pour la justice, dans sa tendresse » pour

Esther. » Racine voulut dédier sa pièce à madame de » Maintenon, qui le pria de ne pas même la » nommer dans sa préface. 1721,

les comédiens donnèrent Esther, » et ne la donnèrent qu'une fois. Si Esther ins

pira de l'ennui, c'est qu'elle fut jouée par des >> personnes qui n'étaient pas faites pour elle. » Représentée par les actrices de Saint-Cyr, elle » aurait excité les mêmes transports. Il fallait » cette naïveté, ces voix pures, ces ames in» nocentes pour lesquelles Racine avait tra» vaillé (1)....... »

Ce récit est curieux ; quand on le joint au tableau que Saint-Simon retrace du camp de Compiégne, on en conclut avec douleur , que Louis XIV, dominé par une femme plus âgée que lui, était bien déchu de sa grandeur.

Racine eut ordre de composer une autre pièce. Il en trouva le sujet dans le quatrième livre des Rois ; et il la donna sous le nom d'Athalie. Elle ne fut d'abord

que

médiocrement accueillie ; le sujet n'inspirait pas , dans ce moment, un grand intérêt. Elle a été regardée

(1) Publiciste.

ni épi

ensuite, pour la versification et pour la vérité des sentiments, comme un des chefs-d'oeuvre du théâtre français.

Il n'y a dans cette pièce ni amour , sode, ni confidents... Racine répara la simplicité de l'intrigue par l'élégance de la poésie, par la noblesse des caractères"; par la vérité des sentiments, par de grandes leçons données aux rois, aux ministres et aux courtisans, par l'usage le plus heureux des traits sublimes de l'Écriture - Sainte. Pendant quarante ans,

Vollaire ne parla d'Athalie que comme du chefd'oeuvre de la scène française. Il changea d'opinion sur la fin de sa vie , parce qu'il comprit cette pièce dans la haine publique qu'il avait jurée aux juifs et aux chrétiens.

Je ne citerai pour exemple de ce style unique, que le discours adressé

par

le grandprêtre au jeune roi, au moment où il lui de couvre sa naissance et sa destinée.

O mon fils ! de ce nom j'ose encor vous nommer ;
Souffrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes
Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes.
Loin du trône nourri, de ce fatal honneur,,
Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur,
De l'absolu pouvoir vous ignorež l'ivresse,"
Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse.

Bicntôt ils vous diront que les plus saintes lois ,
Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois;
Qu'un roi n'a d'autre frein quc sa volonté même,
Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprêine ;
Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné,
Et d'un sceptre de fer veut être gouverné :
Que, s'il n'est opprimé , lôt ou tard il opprime.
Ainsi, de piége en piége et d'abîme en abîme,
Corrompant de vos mours l'aimable purelé ,
Ils vous feront enfin haïr la vérité ;
Vous peindront la vertu sous une affreuse image.
Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage.
Promettez sur ce livre et devant ces témoins,
Que Dieu sera toujours le premier de vos soins :
Que sévère aux méchants et des bons le refuge,
Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge;
Vous souvenant, mon fils, que caché sous ce lim ,
Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orpbelin.

ces

La comédie des Plaideurs, se rapportant à des personnes et à des anecdotes du temps, a perdu une grande partie de l'intérêt

que circonstances produisaient; mais elle est conservée au théâtre, et sous le rapport du talent, mise à côté des pièces de Molière.

MOLIÈRE.

Jean - Baptiste Poquelin , fils du valet - dechambre tapissier du roi Louis XIII, naquit à Paris en 1629. Il fit ses études au collége des

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