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dans le temps, que l'abbé de Rancé le trouvât d'une complexion trop

faible
pour

résister aux

les solitaires de Cíteaux eussent pour subvenir à leurs besoins. Il y mourut le 28 mars 1134, dans une extrême vieillesse, et il fut canonisé. - En 1140, Rotrou , comte de Perche, fonda sur les frontières du Perche et de la Normandie, l'abbaye de la Trappe; il y établit des religieux de Citeaux, et avec les mêmes statuts. Elle est située dans un grand vallon , et la forêt et les collines qui l'environnent semblent vouloir la cacher au reste de la terre. Selou les statuts qui furent rétablis par l'abbé de Rancé, les religieux s'abstenaient de manger de la viande, du poisson, des eufs; ils ne pouvaient parler que dans certains jours et dans certaines occasions, sans la permission de leur supérieur. Ils travaillaient trois heures au moins par jour, excepté quand des maladies ou leur âge les en empêchaient. Leur lit consistait dans une paillasse piquée un oreiller rempli de paille , et une couverture; jamais ils ne se déshabillaient , même lorsqu'ils étaient malades. En été ils se couchaient à huit heures , et en hiver à sept. Ils se levaient à deux heures pour aller à matines, qui duraient jusqu'à quatre heures et demie. L'église n'était éclairée que d'une seule lampe qui était devant le grand autel. Au sortir de matines , le reste du temps était distribué à d'autres actes de dévotion, à la lecture, au travail des mains et aux repas. A l'heure de la réfection, tous les religieux et convers se trouvaient au réfectoire. Après le repas, ils rendaient grâces à Dieu, et allaient à l'église achever leurs prières. Au sortir de l'église, ils se retiraient dans leurs cellules. Chaque religieux creusait peu à peu sa propre fosse. Avant de mourir, on le

que l'ordre exigeait, La Motte repritz ses habits séculiers et quitta ce monastère. De retour à Paris, il suivit ses anciens goûts, et reprit : ses premières habitudes. Il travailla d'abord pour l'opéra, et l'on croyait que son génie était plus adapté à la poésie lyrique qu’à la tragédie. Il donna une traduction de l'Iliade d'Homère, qui lui attira beaucoup de critiques (1); mais le dis

austérités

couchait sur la paille et la cendre, où il expirait, le crucifix
entre ses bras. La réforme établie par l'abbé de Rancé attira
dans ce monastère un grand nombre de gens d'une imagination
ardente, rappelés par la religion au repentir de leurs désordres.
Beaucoup de ces religieux, malgré les austérités qn'ils s'étaient
imposées, arrivèrent, comme dans les autres monastères, à un
âge très avancé. Dans les couvents, les passions sont moins
agitées que dans le monde ; la vie y est plus sobre; on est
moins exposé aux accidents, et dans les maladies on a moins
de recours aux médicaments violents, qu'aux remèdes simples
et à la diete.
(1) Houdart n'en veut qu'à la raison sublime

Qui dans Homère enchante les lecteurs;
Mais Arvuel veut encor de la rime
Désabuser le peuple des auteurs.
Ces deux rivaux, érigés en docteurs,
De poésie ont fait un nouveau code;
Et banuissant toute règle incommode,
Vont produisant ouvrages à foison,
Où nous voyons que, pour être à la mode ,
Il faut n'avoir ni rime ni raison. (J. B. ROUSSEAU.)

cours qui accompagne cet ouvrage a été regardé comme supérieurement écrit. Madame Dacier, dans son traité des Causes de la Corruption du Goût, l'attaqua avec une véhémence outrée. La Motte lui répondit de la manière la plus victorieuse, dans son Essai sur la Critique, ouvrage plein de sel, de raison, d'agrément et de philosophie (1). La querelle s'échauffa, et partagea pour un temps tous les beaux-esprits. Enfin, leurs amis les réconcilièrent, à la grande satisfaction de La Motte, qui n'avait jamais respiré que la paix. Il avait une douceur inaltérable, et qui ne l'abandonna jamais dans aucune circonstance. Un jeune homme, à qui par mégarde il marcha sur le pied dans une foule, le repoussa rudement, en lui disant quelque injure. Monsieur, lui dit La Motte, vous allez être bien fáché, car je suis aveugle. Rongé de la goutte, presqu'aveugle depuis l'âge de trente ans, accablé enfin d'infirmités, rien n'altéra un instant sa tranquillité d'ame, cette philantropie qu'il manifesta jusqu'à son dernier moment. Il mourut le 16 décembre 1731, dans sa soixantième année, d'une fluxion de poitrine.

(1) Dans ce combat sur les anciens et les modernes, madame Dacier prit les armes d'un homme érudit, d'un régent de college, ou d'un professeur de l'Université, tandis que La Motte se défendit en femme d'esprit, galante et élevée à la

cour,

Fontenelle et La Motte, quoique faits en apparence pour être rivaux, furent toujours les amis les plus intimes. Fontenelle disait: C'est un beau trait dans ma vie, de n'avoir pas été jaloux de M. de La Motte. Je citerai ici leur parallèle fait par d'Alembert.«« Lorsqu'ils se trouvaient, dit-il, » dans des sociétés peu faites pour eux, ils n'a» vaient ni la distraction, ni le dédain, que la » conversation aurait pu justifier. Ils laissaient » aux prétentions de la sottise en tout genre,

la plus libre carrière. Mais Fontenelle, toujours » peu pressé de parler, se contentait d'écouter » ceux qui n'étaient pas dignes de l'entendre, et » songeait seulement à leur montrer une appa» rence d'approbation, qui les empêchait de pren»dre son silence pour du mépris. La Motte, plus » complaisant encore, ou plus philosophe, s'ap» pliquait à chercher, dans les hommes les plus » sots, le côté favorable; il les mettait sur ce qu'ils » avaient le mieux vu, sur ce qu'ils pouvaient le » mieux entendre, et leur procurait, sans affectation, le plaisir d'étaler au-dehors le

peu

de » savoir qu'ils possédaient. S'ils sortaient contents » d'avec Fontenelle, ils sortaient enchantés d’avee

» soixante ans,

» La Motte: flattés que le premier leur eût trouvé » de l'esprit, mais ravis de s'en être trouvé bien plus avec le second. »

De quatre tragédies de La Motte, on n'a conservé au théâtre que celle d'Inès de Castro, qui a été critiquée dans le temps, mais critiquée, comme on disait alors, tout en pleurant. « Qui aurait

pu

deviner que le pathétique se» rait le genre dans lequel il devait avoir le succès » le plus brillant et le plus durable ? Inės de » Castro en eut un prodigieux; et depuis plus de

c'est encore une des tragédies les » plus intéressantes de la scène française. Il n'y a » peut-être jamais eu de phénomène littéraire » aussi étonnant. Qu'avec la vivacité de sentiment » dont la nature avait doué Corneille, Racine, » Voltaire, ils aient produit Cinna, Andromaque » et Mérope, personne n'aura de peine à le com» prendre : mais la sensibilité semblait avoir été » refusée à La Motte, et voilà qu'il compose une » tragédie qui fait fondre en larmes tout Paris, » et dont l'effet est le même dans les provinces, » malgré la médiocrité des acteurs; une tragédie » dont le premier succès fut comparable à celui » du Cid. Par quel art ce nouvel enchanteur a-t-il » donc pu remplacer, en partie, ce qui lui manquait? Par l'observation et l'étude. Il est évident

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