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longs et circonstanciés des pièces de théâtre, et de les juger par les règles de l'art dramatique. L'intervalle entre le temps l'on est trop jeune, et celui l'on est trop vieux, est malheureusement trop court. On doit tâcher de concilier, et l'amour qu'on a pour les belles-lettres, et l'inclination qu'on se sent pour la société. Il n'y a point de plaisir tel que celui qu'on prend dans une société bien choisie; mais si l'on se séquestre du monde, on en perd le goût et les habitudes.

Il ne s'agit, Madame, pour vos études, que

de faire un choix de livres, lequel ne sera jamais nombreux dans aucune langue. « Voulez-vous que l'étude laisse dans votre » esprit des traces durables ? Bornez-vous » à quelques auteurs pleins de goût et de » génie, et nourrissez-vous de leur subs» tance. »

Si je hasarde à vous exposer mes sentimens sur les ouvrages dont je vous parle, je vous en présente en même temps des extraits, qui vous mettront à portée d'en

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juger vous-même; et si je me permets de vous rappeler des choses assez généralement connues, ce n'est seulement que quand elles pourront servir à marquer le caractère des auteurs, l'esprit qui règne dans leurs ouvrages, ou l'esprit et le goût qui règnoient à l'époque où ils écrivirent. C'est pour la même raison, et pour juger des progrès du perfectionnement de la langue, que j'ai noté exactement la date de leur naissance. J'ai cru également nécessaire de parler de leur vie privée, parce qu'il y a quelquefois tels rapports et telles applications qui échapperoient au lecteur, s'il n'étoit pas prévenu des circonstances dans lesquelles l'auteur s'est trouvé : par exemple, en lisant les éerits de JeanBaptiste Rousseau, combien de choses ne deviendroient pas inintelligibles à ceux qui ne seroient pas informés des malheurs qui sont arrivés à cet auteur ?

Parmi les nombreuses citations que je vous ai rapportées, plusieurs pourroient paroître superflues ; mais pensant que

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j'écrivois pour une dame qui n'est pas française, qui n'a pas encore une connoissance approfondie des ouvrages écrits dans cette langue, j'ai fait choix des morceaux qui m'ont le plus frappé, et que je savois être les plus estimés des connoisseurs.

Vous y trouverez quelques anecdotes peu connues, je crois, et qui n'ont jamais été imprimées : elles vous feront juger des mæurs à différentes époques; chose toujours essentielle à observer , vu leur intime rapport avec les lettres.

Je ne parlerai point des auteurs vivans; beaucoup de considérations s'y opposent. Il faut voir l'homme en entier, avant de prononcer sur lui un jugement impartial et positif. N'avons nous pas vu souvent un auteur, ou se rétracter, ou dire tout le contraire de ce qu'il avoit dit auparavant ? Nous avons eu dernièrement, à cet égard, un exemple remarquable (*).

(*) L'abjuration faite par M. de La Harpe, de toutes ses erreurs philosophiques.

Pour appuyer mes propres sentimens, j'ai pris la liberté de citer le jugement de quelques écrivains, dont les opinions, en fait de littérature, sont généralement respectées.

Vu la grande réputation de M. de La Harpe, je m'étois formé l'idée la plus avantageuse de son ouvrage, intitulé : Lycée, ou Cours de littérature ancienne et moderne; mais quoique j'en reconnoisse le mérite et l'utilité, je suis cependant obligé de dire qu'il n'a nullement répondu à mon attente. De douze

gros
volumes

que

forment ses dissertations, les trois premiers sont consacrés à la littérature grecque et romaine; les neuf autres volumes, à la littérature francaise : et quoiqu'il se serve de l'expression générale de littérature moderne, il ne parle point de celle des autres nations, si nous en exceptons quelques auteurs, comme Shakespear, Pope, Milton, et qu'il ne cite qu'en passant, par

manière de comparaison, et comme sujet de remarque, en traitant des écrivains français.

Entraîné peut-être par son propre goût, M. de La Harpe a l'air de ne vouloir employer ses talens qu'à une seule partie, à la poésie enfin, et sur-tout à la poésie dramatique. Parmi les neuf volumes qui traitent de la littérature française, on n'en trouve, à proprement parler, qu'un seul, le septième, qui traite des ouvrages en prose, c'est-à-dire, de tous ces écrivains célèbres qui parurent pendant le siècle de Louis XIV, époque à laquelle la langue et le style ont été fixés. Histoire, éloquence, philosophie dans toutes ses branches, tout est renfermé dans ce court espace; tandis que le Théâtre de Voltaire, occupe

seul plus de deux volumes. La poésie est sans doute le premier des beaux-arts : il faut, pour y réussir, le don du génie et le don de la versification. Le sublime de la

pensée fait le caractère de la poésie héroïque; mais la manière de s'exprimer relève l'éclat de la pensée, la rend encore ou plus belle ou plus touchante, et y ajoute un nouveau charme: en sorte qu'on peut dire

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