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tel quel, près de soixante ans ; et c'est de cette époque qu'il faut dater l'entrée d'un grand nombre de mots grecs qu'on trouve dans la langue française. Les sayans ensuite y ajoutèrent même des tournures grecques. Quelques auteurs ont observé que, pour les mouvemens, et les tours elle a presque autant d'analogie avec la langue grecque qu'avec la langue latine, Mais hors les circonstances dont je viens de parler, il faut, en grande partie , je pense, attribuer son analogie avec la langue grecque, à ce qu'elle a emprunté de la langue latine, vu l'intime rapport entre ces deux anciennes langues (*). Les Français, tandis qu'ils répandoient leur langue

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(*) Quoique l'analogie de la langue française avec, la langue grecque, soit, je crois, infiniment moindre qu'on la suppose, quelques écrivains en ont cherché les causes dans des époques infiniment plus éloignées.

« Parmi les causes, dit un écrivain de Paris, de » l'introduction des formes grecques dans le français, » il en est une plus ancienne que

la communication » de nos rois avec les empereurs de Constantinople : v Marseille, colonie phocéenne, dont les rhéteurs

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en Italie, la polissoient et l'augmentoient par

la langue de ce pays. Ainsi, par la suite des siècles et des hasards, la langue

»

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» célèbres attiroient la jeunesse gauloise., dont les » habitans, que Varron appelle Trilingues , parloient » vulgairement les trois langues grecque, latine et » celtique; Marseille, l'Athènes des Gaules, dut » nécessairement, et par le commerce et par le re» tour dans leur patrie des jeunes gens venus à ses » écoles, introduire dans les idiomes des peuplades » voisines un grand nombre d'expressions et de formes » particulières à sa langue primitive. »

« Long-temps avant l'ère chrétienne, dit M. Da» cier, la langue grecque fut usitée dans les Gaules, » sur-tout dans la langue narbonnoise; elle continua » d'y être cultivée dans les siècles suivans. Les pre» miers ministres de l'évangile qui passèrent dans les » Gaules, pour y porter la foi, prêchèrent en grec, » et furent entendus du plus grand nombre de leurs » auditeurs. Les relations fréquentes de quelques-uns » de nos premiers rois avec les empereurs d'Orient, » tantôt leurs alliés, tantôt leurs ennemis, ne per» mettoient pas de négliger la langue grecque : à » cette époque, il y avoit en France des écoles où » on l'enseignoit ; elle étoit , dans le 6. siècle, » tellement familière aux habitans d'Arles, que sous

l'évêque S. Césaire, les laïcs comme les clercs y » chantoient dans l'église les pseaumes, les hymues

française se formoit , s'enrichissoit et s'és puroit par degrés. Mais il fallut s'arrêter, , et poser des bases et des principes à cette langue. L'académie française (*), établie

» et les antiennes en grec et en latin. Les monumens » de notre histoire, écrits dans les 7., 8o. et go, » siècles, sont remplis d'expressions grecques. Vers » la fin du 10., S. Gérard, évêque de Toul, éta» hlit dans son diocèse des communautés de moines » grecs, qui ouyrirent des écoles où l'on venoit de » toutes parts étudier leur langue. A-peu-près dans » le même temps, Ponce, évêque de Marseille, fit » un pareil établissement dans sa ville épiscopale. ». Durant les croisades, il dut se faire entre les croisés » et les chrétiens d'Orient un échange de mots et de » tournures de phrases, dont ces derniers profitèrent » si bien, que vers l'an 1300, au rapport d'un écri» vain contemporain, on parloit français dans la >> principauté de la Morée et dans le duché d'Athènes, » comme à Paris. » Tiré du journal intitulé Journal des Débals.

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(*) « Cette académie a été instituée en 1635 par le cardinal de Richelieu , pour perfectionner la langue; et en général elle a pour objet toutes les matières de grammaire, de poésie et d'éloquence. L'institut de cette académie est fort simple, et n'a jamais reçu de changement. Les membres sont au nombre de

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sous le règne de Louis XIII, et durant le ministère du cardinal de Richelieu, ne s'étoit occupée qu'à perfectionner la langue,

et à la conserver dans sa pureté; il falloit des autorités pour diriger ses travaux, des modèles à suivre, et on les trouya ensuite dans les écrivains qui fleurirent pendant le siècle de Louis XIV. Pascal, La Rochefoucault, La Bruyère, dans la prose; Racine et Boileau, dans la poésie, ont fixé la manière d'écrire telle

quarante, tous égaux; elle a un directeur et un chan

a celier, qui se tirent au sort tous les trois mois, et un secrétaire qui est perpétuel. Elle s'assemble trois fois la semaine au vieux Louvre , pendant toute l'année, le lundi, le jeudi et le samedi. Il n'y a point d'autres assemblées publiques que celles où l'on recoit quelque académicien nouveau, et une assemblée qui se tient tous les ans , le jour de la S. Louis, et où l'académie distribue les prix d'éloquence et de poésie, qui consistent chacun en une médaille d'or. Elle a publié un Dictionnaire de la langue française, qui a déjà eu quatre éditions, et qu'elle travaille sans cesse à perfectionner. La devise de cette académie est ; à l'immortalité ! »

D'ALEMBERT.

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qu'elle existe aujourd'hui dans les meilleurs auteurs. Dans la

prose ,

ils firent succéder les idées rapidement; ils donnèrent plus de précision à la phrase; ils la débarrassèrent d'un cortège inutile de mots, et voulurent

que la pensée s'élançat , pour ainsi dire, dans le style, avec toute sa force, dégagée de tous les liens qui pourroient la géner. Dans la poésie, Boileau et Racine savoient allier la force, la précision, la clarté, avec l'harmonie. Dans l’éloquence même , Bossuet, Fléchier, Bourdaloue et Massillon , substituèrent celle des idées et de la pensée à celle des mots; et le langage se prêta avec souplesse à suivre tous les mouvemens de l'ame.

Quoiqu'on regarde Pascal comme l'auteur qui, le premier, ait perfectionné et fixé la langue française, et que je l'aie cité ainsi, d'après ceux qui ont écrit sur ce sujet avant moi, cependant on oublie Pélisson, qui l'avoit précédé. Les Lettres provinciales ne parurent qu'en 1656, tandis

que

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